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Bilan des deux mandats d’Emmanuel Macron (2017–2027) : réformes, crises et perspectives

Macron face à la tempête sociale
Macron face à la tempête sociale

Contexte 2017

En mai 2017, Emmanuel Macron est élu président dans un contexte politique inédit. Le paysage partisan traditionnel s’est effondré après le quinquennat de François Hollande, marqué par un chômage élevé (~10%), une dette publique proche de 96% du PIB, et une opinion publique lassée des scandales (affaire Fillon) et des promesses non tenues. Macron, alors âgé de 39 ans, se présente comme un candidat « et de droite et de gauche », pro-européen, prônant une « mondialisation heureuse » et des réformes économiques d’inspiration libérale combinées à un « bouclier social ». Ce positionnement centriste attire un électorat en quête de renouveau et d’efficacité, lui permettant de battre Marine Le Pen au second tour.

Sur le plan économique, la France en 2017 sort lentement de la crise de la zone euro. La croissance est de retour mais modérée (+2,3% en 2017) et le pays traîne des faiblesses structurelles : un chômage bien plus élevé que la moyenne européenne (9,4% fin 2017), un déficit public chronique (–2,6% du PIB en 2017 malgré les efforts de Hollande) et un commerce extérieur déficitaire (25 milliards d’euros de déficit commercial en 2017). La compétitivité française est en berne, illustrée par une industrie qui ne représente plus que ~14% du PIB, bien en dessous de la moyenne européenne (près de 20%). L’économie française dépend davantage de la consommation intérieure, alors que l’Allemagne, voisin et modèle invoqué du candidat Macron, profite d’une base industrielle forte et de larges excédents commerciaux.

Le contexte sécuritaire est également tendu. La France vit sous la menace terroriste depuis les attentats de 2015-2016, et l’état d’urgence vient d’être levé en novembre 2017 au profit d’une loi de sécurité intérieure intégrant certaines mesures d’exception dans le droit commun. Sur le plan social, la société française est traversée par un sentiment de défiance envers les élites politiques. L’abstention et le vote protestataire (21% pour l’extrême droite au premier tour de 2017) témoignent d’une polarisation grandissante. Emmanuel Macron hérite donc d’un pays en demande de réformes, mais méfiant, fragilisé par des années de croissance molle et des crises successives (financière de 2008, dette de la zone euro, terrorisme). Ce contexte difficile va influencer la feuille de route de son premier quinquennat.

Les réformes structurelles

Dès le début de son mandat, Emmanuel Macron engage un ambitieux programme de réformes structurelles, s’inscrivant dans une continuité des politiques de l’offre entamées sous Hollande (CICE, pacte de responsabilité). L’une des toutes premières mesures est la réforme du Code du travail par ordonnances à l’été 2017. Cette réforme donne plus de flexibilité aux entreprises : barème plafonnant les indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif, fusion des instances représentatives du personnel, et primauté donnée aux accords d’entreprise sur les accords de branche. L’objectif affiché est de libéraliser le marché du travail pour favoriser l’embauche, dans un pays historiquement plombé par un chômage de masse. Malgré des manifestations portées par les syndicats et l’extrême gauche, le gouvernement assume de procéder par ordonnances (éviter de longs débats parlementaires), au grand dam de l’opposition sénatoriale qui y voit un contournement du Parlement.

En parallèle, Macron fait voter une loi de moralisation de la vie publique afin de tirer les leçons des scandales récents. La loi interdit notamment les emplois familiaux pour les élus (fin des attachés parlementaires ayant des liens familiaux, en écho à « l’affaire Penelope Fillon ») et supprime la réserve parlementaire, pour prévenir le népotisme et le clientélisme. Cette réforme éthique, adoptée à l’unanimité, lui permet de marquer une rupture avec les pratiques du passé.

Sur le plan économique et fiscal, plusieurs réformes pro-entreprises et pro-investissement emblématiques sont lancées. La plus commentée est la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), remplacé en 2018 par un impôt sur la seule fortune immobilière (IFI), couplée à la création d’un prélèvement forfaitaire unique de 30% sur les revenus du capital (la « flat tax »). Cette double mesure phare vise à orienter l’épargne des ménages aisés vers l’investissement productif (actions, entreprises) plutôt que vers l’immobilier, dans l’espoir d’un effet de « ruissellement » sur l’économie réelle. Cependant, elle vaut au président le sobriquet durable de « président des riches » dans les médias et l’opposition. Les chiffres alimentent le débat : selon un rapport sénatorial de 2019, les contribuables les plus fortunés ont bénéficié en moyenne de 1,7 million d’euros chacun grâce à la suppression de l’ISF, sans que l’investissement promis ne se matérialise clairement pour l’économie. Ce pari assumé sur la politique de l’offre restera controversé tout au long du mandat.

Toujours pour améliorer l’attractivité de la France, l’impôt sur les sociétés est progressivement abaissé de 33,3% à 25% en 2022, s’alignant sur la moyenne européenne. De même, les impôts de production (taxes sectorielles pesant sur les entreprises, jugées excessives en France) sont réduits à partir de 2020, afin de soutenir la compétitivité industrielle. Ces baisses fiscales signifient en contrepartie un manque à gagner budgétaire, financé par des économies ou du déficit, mais elles entendent relancer la machine économique et enrayer la désindustrialisation. Plusieurs années plus tard, on constatera que la France a effectivement stabilisé l’hémorragie industrielle : la part de l’industrie dans le PIB a cessé de reculer autour de 13-14%, alors qu’elle s’était effondrée de 2000 à 2016 (le nombre d’usines avait diminué de moitié sur cette période). Des analystes évoquent « des signes encourageants » d’un début de réindustrialisation – nouveaux sites de batteries, relocalisations modestes – même s’il est « trop tôt pour crier victoire », la reconstruction d’un tissu productif prenant du temps.

En 2018, une autre réforme structurelle majeure voit le jour : la nouvelle organisation de la SNCF. Visant à préparer l’ouverture à la concurrence imposée par l’UE, la loi transforme la SNCF en société anonyme à capitaux publics et, symbole fort, met fin au statut particulier des cheminots pour les nouvelles embauches. Ce statut, hérité de l’histoire, garantissait emploi à vie et régime de retraite spécial. Sa suppression, accompagnée de garanties pour les cheminots actuels, provoque des grèves massives au printemps 2018. Après des semaines de bras de fer, le gouvernement ne cède pas, actant une évolution jugée nécessaire pour moderniser le rail français et réduire son lourd endettement. Cette réforme ferroviaire témoigne de la volonté de l’exécutif de bousculer des tabous, quitte à affronter la rue, dans la lignée du célèbre précédent de 1995 (réforme Juppé avortée face à la mobilisation).

Sur le volet social, le quinquennat Macron réalise également des réformes progressistes notables. Après des débats intenses, la PMA pour toutes (procréation médicalement assistée ouverte aux couples de femmes et aux femmes célibataires) est adoptée via la loi de bioéthique en 2021. Cette avancée sociétale, très attendue par les associations LGBT, fait de la France l’un des derniers grands pays d’Europe occidentale à autoriser la PMA sans critère d’infertilité médicale. De plus, le congé paternité est doublé, passant de 14 à 28 jours en 2021, dont 7 obligatoires, marquant un progrès pour l’égalité parentale. Macron avait fait de l’égalité femmes-hommes « la grande cause du quinquennat », et s’il reste critiqué par certains pour des reculs (les moyens pour lutter contre les féminicides, par exemple), ces mesures concrètes sur la famille sont saluées.

D’autres transformations méritent d’être mentionnées : la réforme de l’accès à l’université avec la plateforme Parcoursup en 2018 (remplaçant APB, pour mieux orienter les bacheliers, au prix de couacs initiaux); la refonte du baccalauréat (suppression des filières S/ES/L, introduction du contrôle continu et d’un grand oral); l’abaissement de l’instruction obligatoire à 3 ans; ou encore la création d’un Service national universel (SNU) en expérimentation. Sur le front de la santé, Macron tient sa promesse du « 100% santé » : à partir de 2020-2021, certaines dépenses de santé coûteuses (lunettes, prothèses dentaires et auditives) sont intégralement remboursées sans reste à charge pour les patients. Par ailleurs, en réponse à la crise de l’hôpital aggravée par le Covid, le gouvernement accorde lors du Ségur de la santé (été 2020) une augmentation historique de 183€ nets mensuels aux soignants hospitaliers et en EHPAD, pour revaloriser des métiers en tension.

En matière de politique migratoire et de sécurité, Macron alterne entre fermeté et humanisme, cherchant un équilibre centriste. Dès 2018, la loi Asile et immigration du ministre Gérard Collomb durcit les conditions : réduction des délais d’instruction des demandes d’asile, allongement de la durée de rétention des déboutés (de 45 à 90 jours) et facilitation des expulsions, tout en améliorant l’accueil des réfugiés statutaires. Cette loi suscite des remous jusque dans la majorité, certains la jugeant trop répressive, d’autres pas assez. Plus tard, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin porte un discours de fermeté accru face à l’immigration irrégulière et à la délinquance, sans qu’une grande réforme aboutisse durant la première mandature. Il prépare néanmoins en 2023 un nouveau projet de loi immigration (non adopté à ce jour) visant à la fois à faciliter l’expulsion des étrangers criminels et à créer des titres de séjour pour les métiers en tension – illustration de la ligne « et ferme et humaine » revendiquée par Macron. Sur le terrain sécuritaire, le gouvernement renforce les moyens policiers (10 000 policiers et gendarmes recrutés durant le quinquennat) et fait adopter la loi Sécurité globale (2021) qui élargit les prérogatives des polices municipales et encadre l’usage des drones de surveillance. Cependant, cette loi est vivement critiquée pour son article 24 limitant la diffusion d’images de policiers, perçu comme une atteinte à la liberté de la presse. Face à la polémique et aux manifestations des défenseurs des libertés, l’article sera partiellement censuré par le Conseil constitutionnel en mai 2021. De même, la loi « séparatisme » (2021), destinée à lutter contre l’islamisme radical, impose de nouvelles obligations aux associations, renforce la neutralité du service public et encadre l’instruction en famille. Si elle est globalement validée, son examen a vu la droite sénatoriale la durcir sur certains points (par exemple l’interdiction élargie du voile dans l’espace public). Les opposants dénoncent un texte stigmatisant les musulmans et restreignant les libertés associatives, tandis que le gouvernement assume un nécessaire réarmement républicain face au communautarisme et au terrorisme domestique.

Enfin, la transition écologique sous Macron connait des avancées mitigées. Dès 2018, le nouveau pouvoir envoie un signal fort en tranchant l’interminable dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (près de Nantes) : le projet est abandonné, préservant ainsi les zones humides locales. Par ailleurs, conformément aux engagements de Hollande, la vieille centrale nucléaire de Fessenheim est fermée en 2020. Cependant, la promesse de réduire la part du nucléaire de 75% à 50% de la production électrique d’ici 2025 est reportée à 2035, tant l’échéance initiale était irréaliste – un report critiqué par les écologistes mais justifié par la nécessité de garantir la sécurité d’approvisionnement. Macron renonce aussi à interdire le glyphosate en 2021 faute d’alternative crédible, avouant un « échec » sur ce point. En 2020, après la Convention citoyenne pour le climat (exercice de démocratie participative inédit), une loi Climat et résilience est votée en 2021. Ce texte fleuve touche aux transports (fin des vols intérieurs courts lorsqu’une alternative en train existe), au logement (rénovation thermique obligatoire progressive), à l’alimentation (menus végétariens à la cantine), etc.. Malgré ces mesures, les ONG environnementales jugent l’ambition insuffisante pour atteindre la cible de –40% d’émissions de CO₂ en 2030. Le gouvernement rétorque que l’ensemble des actions (loi, plans d’investissement verts, développement des renouvelables) permettra d’y parvenir, soulignant que la France reste dans les clous de l’Accord de Paris grâce à sa faible intensité carbonée (dû au nucléaire).

En résumé, de 2017 à 2022, Macron a engagé de nombreuses réformes structurelles dans presque tous les domaines : travail, fiscalité, entreprises, ferroviaire, assurance-chômage, éducation, santé, défense (loi de programmation militaire avec hausse du budget), institutions (moralisation), société (PMA), sécurité et laïcité. Le fil conducteur est une volonté de moderniser et compétitivité la France (logique pro-business et d’adaptation à la mondialisation), tout en menant certaines évolutions sociétales progressistes. Cette frénésie réformatrice a parfois attisé des contestations, mais elle a également produit des résultats tangibles sur certains indicateurs macroéconomiques, tout en soulevant des questions sur l’équité de ces choix.

Résultats macroéconomiques mesurables

Après une décennie 2007-2016 morose, la France a connu sous Macron une embellie relative sur le front de l’emploi. Le taux de chômage, qui oscillait autour de 9-10% depuis des années, a amorcé une baisse continue à partir de 2015 et surtout pendant le quinquennat Macron, pour atteindre 7,1% fin 2022, son plus bas niveau depuis 1982. En incluant 2023, on reste autour de 7,4%, confirmant cette amélioration durable. En volume, cela représente environ 2,8 millions d’emplois supplémentaires entre 2017 et 2025. Cette performance, indéniablement positive, est à nuancer : la baisse du chômage s’inscrit dans une dynamique européenne favorable où presque tous les pays ont créé massivement des emplois sur la période (baisse du chômage également en Espagne, Italie, Allemagne…). La France reste d’ailleurs sur le podium des taux de chômage les plus élevés de l’UE, derrière l’Espagne (~12%) et quasiment à égalité avec l’Italie (~8%). En outre, une partie des nouveaux emplois sont des contrats courts ou à temps partiel, et le taux de chômage des jeunes demeure deux fois supérieur à la moyenne. Néanmoins, le mouvement est réel et le gouvernement crédite ses réformes (assouplissement du droit du travail, incitations financières à l’embauche, formation) d’avoir contribué à cette décrue du chômage, souvent considéré comme le baromètre politique principal.

En termes de pouvoir d’achat des ménages, le bilan macroscopique est contrasté mais plutôt favorable par rapport aux quinquennats précédents. Selon l’OFCE, le revenu disponible brut par unité de consommation (mesure standard du pouvoir d’achat par personne) a augmenté en moyenne de +0,9% par an entre 2017 et début 2022, soit un gain d’environ 300 € par an et par personne. C’est bien mieux que sous Nicolas Sarkozy (+0,2%/an) ou François Hollande (+0,1%/an). Cette progression s’explique par la baisse de certaines cotisations salariales en 2018 (hausse du net sur la fiche de paie), les réductions d’impôts (taxe d’habitation supprimée pour 80% des ménages dès 2020, puis pour tous en 2023), et les revalorisations ciblées (prime d’activité +100€, minimum vieillesse +100€, etc. après la crise des Gilets jaunes). Par ailleurs, durant la pandémie, les revenus ont été protégés par le chômage partiel financé par l’État (« quoi qu’il en coûte »). En conséquence, même le choc inflationniste de 2022-2023 a été en partie amorti : l’inflation a atteint 5,2% en 2022, du jamais vu depuis 1985, mais les boucliers tarifaires sur l’énergie et les aides gouvernementales (chèque énergie, indemnité inflation de 100€) ont limité l’érosion du pouvoir d’achat français comparativement à ses voisins. D’après Eurostat, la France affichait l’une des plus faibles inflations de la zone euro en 2022 (6% contre plus de 10% en moyenne en zone euro) grâce au plafonnement des prix du gaz et de l’électricité, évitant une hémorragie de pouvoir d’achat comme en Allemagne ou Belgique. Le revers de la médaille de cette protection : un coût budgétaire élevé et un retard de prise de conscience de la nécessaire sobriété énergétique.

Du côté de la croissance économique, le bilan est mitigé. Sur l’ensemble 2017-2022, la croissance moyenne du PIB français n’a été que de +1,1% par an, ce qui place la France au 5e rang des plus faibles croissances de l’Union européenne sur la période. Bien sûr, ce chiffre intègre la récession historique de 2020 (–7,8% du PIB à cause du Covid) suivie du rebond de +6,8% en 2021. Mais même en neutralisant ces à-coups, la trajectoire reste modeste. En 2019, dernière année pré-crise, la France ne faisait pas mieux que la moyenne européenne en termes de croissance, malgré un environnement mondial porteur. La décennie Macron apparaît comme une période de croissance atone comparée aux Trente Glorieuses ou même aux années 1997-2007 (où la croissance française était plus dynamique dans la zone euro). Conséquence de ces performances moyennes, la France a vu son rang reculer légèrement en richesse par habitant : elle n’est plus que 28e mondiale en PIB par habitant en 2022. Le PIB par tête français stagne en relatif, et l’écart avec l’Allemagne s’est creusé sur longue période. Cependant, à court terme, notons qu’après la crise du Covid la France a rebondi plus fort que l’Allemagne – retrouvant dès fin 2021 son niveau d’activité de 2019, quand l’Allemagne mettait un an de plus. En 2023, fait inédit depuis des décennies, la croissance française (+1% prévu) dépasse celle de l’Allemagne (–0,6% attendus). Cette inversion ponctuelle s’explique par la crise énergétique qui pénalise l’industrie allemande, très dépendante du gaz russe, tandis que la France bénéficie de son mix nucléaire et du soutien à la demande intérieure. Sur ce point, le ministre Bruno Le Maire s’est même permis de fanfaronner que « la France, c’est l’Allemagne en mieux » – déclaration toutefois tempérée par la persistance de handicaps français (déficits, commerce extérieur déficitaire).

En effet, le commerce extérieur reste le talon d’Achille économique de la France. Le pays enregistre chaque année des déficits commerciaux depuis 2003, et ceux-ci se sont aggravés sous Macron. Le solde des échanges de biens a atteint un record abyssal de –84,7 milliards € en 2021 et environ –164 Mds € en 2022 (du fait de la flambée de la facture énergétique, les importations de gaz et de pétrole ayant explosé). Si l’on inclut les services (excédentaires grâce au tourisme et au luxe), le déficit courant 2022 redescend à –53,5 Mds € – un niveau toutefois inédit qui illustre une perte de compétitivité préoccupante. La France exporte trop peu (seulement 30% de son PIB, contre 50% pour l’Allemagne) et a vu sa part de marché mondial décliner. Les efforts de réindustrialisation depuis 2017 visent à corriger cela sur le long terme, et des signaux positifs apparaissent (investissements étrangers en hausse, filière batteries, usines de semi-conducteurs annoncées). Selon l’économiste Xavier Ragot, « la part de l’industrie se stabilise, cela va de moins en moins mal », mais reconstruire un véritable tissu exportateur sera un marathon. De fait, la France manque de moyennes entreprises exportatrices (de type Mittelstand allemand) : on compte 2,5 fois moins d’ETI en France qu’en Allemagne, conséquence de décennies de décrochage industriel. Le quinquennat Macron a stoppé l’aggravation de cette situation, sans encore l’inverser.

Le solde budgétaire et la dette publique constituent un autre point rouge du bilan macroéconomique. Avant même la crise du Covid, la France n’était pas parvenue à assainir durablement ses finances publiques malgré la croissance de 2017-2019. Le déficit, repassé juste sous les 3% en 2017 (–2,6% du PIB), s’est creusé à –3,1% en 2019 du fait de dépenses supplémentaires en réponse aux Gilets jaunes (hausse de la prime d’activité, baisse d’impôts). La France abordait donc la pandémie sans marge budgétaire, là où l’Allemagne ou les Pays-Bas dégageaient des excédents. Puis le choc du Covid a fait exploser le déficit à –9% du PIB en 2020, Macron ayant adopté un « quoi qu’il en coûte » assumé pour soutenir l’économie (prise en charge massive du chômage partiel, aides aux entreprises, etc.). En 2021, le rebond de l’activité réduit un peu le gouffre, mais le déficit reste à –6,4%, plus du double du niveau d’avant-crise. Malgré une forte reprise du PIB en 2022 (+2,5%), le déficit annuel s’établit encore à –4,7% du PIB. Autrement dit, la France n’a pas su profiter pleinement de la reprise pour revenir dans les clous européens, à la différence de nombreux voisins. L’Espagne, par exemple, a réduit son déficit de 3 points entre 2020 et 2022, et l’Italie a généré suffisamment de recettes pour faire baisser sa dette dès 2021. En France, au contraire, les dépenses publiques sont restées très élevées (57-58% du PIB en 2020-2022) et continuent d’augmenter en volume plus vite que la croissance, traduisant une difficulté chronique à réduire la voilure. La Cour des comptes a tiré le signal d’alarme : « Avec un déficit public de 6,4 points de PIB en 2021, soit plus du double de celui de 2017, et une dette publique supérieure à 110% du PIB, la France sort de la crise sanitaire avec une situation parmi les plus dégradées de la zone euro ».

En effet, la dette publique française est passée d’environ 97% du PIB en 2017 à 111,6% fin 2022 – un niveau inédit en temps de paix. En valeur absolue, cela représente près de 3 000 milliards d’euros de dette fin 2022. La France est ainsi, avec la Grèce et l’Italie, l’un des pays les plus endettés de l’UE. Surtout, elle fait figure de mauvais élève dans l’après-Covid : alors que des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne ou le Portugal ont entamé dès 2021-2022 la réduction de leur endettement (profitant de la reprise économique pour dégager des excédents primaires), la France a continué d’accumuler de la dette. Le cap des 120% du PIB devrait être franchi en 2025, ce qui constitue « la pire décennie d’endettement de notre histoire récente » selon un observatoire économique. Cette trajectoire pose la question de la soutenabilité à moyen terme, d’autant que la remontée des taux d’intérêt depuis 2022 alourdit la charge de la dette (plus de 50 Mds € d’intérêts en 2023, premier poste budgétaire de l’État). Les agences de notation ont d’ailleurs sanctionné ce manque de rigueur budgétaire couplé aux tensions sociales : en avril 2023, Fitch a abaissé la note souveraine de la France, pointant « l’impasse politique et les mouvements sociaux (parfois violents) » qui compliquent tout redressement des finances publiques.

En synthèse, le bilan macroéconomique du double quinquennat Macron est fait de succès relatifs sur l’emploi et le pouvoir d’achat moyen, mais aussi de fragilités accrues sur la dette et le commerce extérieur. Le chômage au plus bas depuis 40 ans et la résilience du revenu des Français contrastent avec une croissance molle et des comptes publics détériorés. Quant à la productivité du travail, indicateur clé de la prospérité future, elle inquiète : la France a connu une baisse de productivité horaire d’environ 1% sur la décennie 2017-2027, phénomène rarissime hors crise majeure. Cela suggère que l’amélioration de l’emploi s’est faite au prix d’emplois peu productifs, et que le potentiel de croissance du pays demeure faible (aux alentours de 1% par an). Ce décrochage productif nourrit le débat sur l’efficacité réelle des réformes structurelles engagées.

Crises traversées et gestion des chocs (COVID, Ukraine, inflation)

Les deux mandats de Macron ont été marqués par des crises majeures imprévues, qui ont fortement impacté l’action du gouvernement et les résultats économiques. La plus spectaculaire fut la pandémie de Covid-19 en 2020-2021. Ce choc sanitaire mondial a entraîné en France une crise économique sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale : un recul du PIB de –7,8% en 2020, des secteurs entiers à l’arrêt (tourisme, restauration, culture) durant les confinements, et in fine près de 160 000 morts du virus à ce jour. Face à cette urgence, Macron a adopté la doctrine du « quoi qu’il en coûte », c’est-à-dire un soutien budgétaire massif et inconditionnel pour éviter l’effondrement du tissu économique. Concrètement, l’État a pris en charge le chômage partiel de 9 millions de salariés durant les confinements, octroyé des prêts garantis et des subventions aux entreprises en difficulté, reporté des charges, etc. Au plus fort de la crise, 57% des salariés du privé étaient payés par l’État via le chômage partiel – une socialisation temporaire des revenus qui a permis de limiter la casse sociale. Ces mesures ont un coût abyssal (plus de 200 Mds€ de dépenses et pertes de recettes liées à la pandémie), creusant le déficit 2020 à –9% du PIB. Mais elles ont réussi à préserver l’essentiel : le taux de chômage n’a pas explosé en 2020 (il a même baissé artificiellement durant le confinement, de nombreuses personnes cessant de chercher un emploi), et le tissu productif a redémarré rapidement dès la levée des restrictions.

Sur le plan sanitaire, la gestion Macron a connu des tâtonnements (pénurie initiale de masques, communication parfois brouillonne) mais a fini par se structurer autour d’un conseil scientifique et d’une stratégie vaccinale efficace à partir de 2021. La France, après un démarrage lent de la vaccination, fait finalement partie des pays très bien vaccinés (80% des adultes doublément vaccinés mi-2022). Macron a fait le choix d’assumer des mesures restrictives de liberté pour endiguer l’épidémie : couvre-feux, confinements successifs (printemps 2020, automne 2020, printemps 2021) et instauration fin 2021 d’un passe sanitaire puis vaccinal conditionnant l’accès à de nombreux lieux. Ces contraintes, inédites en démocratie moderne, ont suscité des oppositions (manifestations anti-pass, mouvement des « anti-vax »), mais une majorité de Français les a acceptées comme le prix à payer pour rouvrir le pays. En définitive, la France affiche un bilan économique post-Covid relativement moins pire que prévu : le plan de relance de 100 Mds€ lancé fin 2020 a contribué à un fort rebond de +6,8% du PIB en 2021, et l’économie française a retrouvé son niveau d’avant-crise dès fin 2021. La gestion de la crise sanitaire par Macron – à savoir un soutien financier massif et une recherche de l’équilibre entre contraintes sanitaires et reprise de la vie normale – est globalement saluée par les institutions internationales. Elle a cependant laissé des séquelles : une dette alourdie, des élèves ayant accumulé du retard scolaire, un système hospitalier épuisé malgré les revalorisations du Ségur, et un débat persistant sur les libertés publiques en temps d’urgence.

À peine la pandémie jugulée, la guerre en Ukraine éclate en février 2022, constituant un nouveau défi pour la France et l’Europe. L’invasion russe provoque un choc géopolitique et économique majeur : flambée des cours de l’énergie et des matières premières, retour de l’inflation, crise des réfugiés (plus de 100 000 Ukrainiens accueillis en France en 2022) et remise en question de l’architecture de sécurité du continent. Emmanuel Macron, qui préside l’Union européenne au premier semestre 2022, s’implique en première ligne. Diplomatiquement, il tente avant la guerre puis dès les premiers jours du conflit de dialoguer avec Vladimir Poutine, multipliant les appels pour obtenir un cessez-le-feu – une démarche critiquée par certains alliés mais assumée au nom de la « tradition gaullienne » d’indépendance de la France. Parallèlement, Paris s’aligne sur la solidarité occidentale : votes des sanctions économiques massives contre la Russie, et livraisons d’armes à l’Ukraine (canons Caesar, véhicules blindés, systèmes de défense aérienne). Sur le plan militaire, la guerre pousse Macron à accélérer le renforcement de la défense française et européenne : il annonce dès 2022 une hausse supplémentaire du budget de la défense (porté à 2% du PIB dès 2025, avec une nouvelle Loi de programmation militaire 2024-2030 de 413 Mds€) et soutient la montée en puissance d’une capacité militaire de l’UE (fonds européen pour armer l’Ukraine, projet de bouclier anti-missiles européen, etc.).

L’impact le plus concret de la guerre pour le commun des Français est bien sûr la crise énergétique et inflationniste de 2022-2023. La France, moins dépendante du gaz russe que l’Allemagne, n’en subit pas moins une envolée des prix de l’électricité (indexés sur le gaz au niveau européen) et des carburants. Dès l’automne 2021 – avant même la guerre – les prix du gaz avaient augmenté, poussant le gouvernement à mettre en place un bouclier tarifaire sur l’énergie. Ce bouclier est renforcé en 2022 : gel du tarif du gaz à son niveau d’octobre 2021, plafonnement à +4% puis +15% des tarifs d’électricité en 2022-2023, remise à la pompe sur les carburants (jusqu’à 18 centimes par litre à l’été 2022). Ces mesures coûteuses (plus de 20 Mds€ pour le bouclier électricité-gaz) ont protégé les ménages français de la flambée qu’ont connue d’autres pays : en 2022 l’inflation en France (5,2%) fut la plus faible de la zone euro. En contrepartie, l’État a dû indemniser EDF pour compenser les ventes d’électricité à perte, et les finances publiques ont absorbé la majeure partie du choc inflationniste. Malgré tout, l’inflation importée a entamé le pouvoir d’achat : en 2022, les salaires réels moyens ont légèrement baissé, ce qui a conduit le gouvernement à prendre des mesures d’urgence pouvoir d’achat (loi été 2022) : revalorisation anticipée des pensions et minima sociaux (+4%), hausse du point d’indice des fonctionnaires (+3,5%), triplement de la prime Macron défiscalisée, chèque inflation de 100-150€ pour les ménages modestes, etc. Sans ces interventions, la grogne sociale face à la vie chère aurait pu être bien plus forte.

Notons que la crise ukrainienne a également mis en exergue la fragilité énergétique française elle-même : ironiquement, en 2022, la France a dû importer de l’électricité, car une grande partie de son parc nucléaire était à l’arrêt pour maintenance et problèmes de corrosion. Cette situation a forcé Macron à un virage pronucléaire après des années d’hésitation : en février 2022, il annonce la construction de 6 nouveaux réacteurs EPR et la prolongation des centrales existantes au-delà de 50 ans. Par ailleurs, la France a diversifié ses approvisionnements en gaz (accords avec la Norvège, l’Algérie, achat de GNL américain) et rempli à 100% ses stocks avant l’hiver 2022-23. Au final, le pays a traversé l’hiver sans pénurie ni black-out, grâce à une météo clémente, aux efforts de sobriété demandés aux citoyens (« chaque geste compte », thermostats abaissés) et à la coordination européenne (solidarité électrique avec l’Allemagne, qui en échange a fourni du gaz). Cette crise a accéléré la prise de conscience de l’impératif d’indépendance énergétique et de transition verte – ce qui pourrait être un mal pour un bien sur le long terme.

En dehors du Covid et de l’Ukraine, Macron a dû gérer d’autres crises ponctuelles. Citons la crise diplomatique avec l’Australie en 2021 après l’affaire des sous-marins (contrat annulé au profit des Américains, provoquant une brouille transatlantique rapidement apaisée) ; la crise politique au Liban (où Macron s’est investi personnellement après l’explosion de Beyrouth en 2020, sans succès concret durable) ; ou encore les crises intérieures comme l’affaire Benalla en 2018 (scandale politique autour d’un collaborateur de l’Élysée) qui a ébranlé temporairement la présidence. Chaque fois, Macron a essayé de maintenir son cap réformiste malgré les turbulences, mais ces crises ont parfois freiné ou retardé des chantiers. Par exemple, la grande réforme des retraites à points prévue en 2020 a été suspendue puis abandonnée en raison du Covid – ce n’est qu’en 2023 qu’une réforme des retraites, différente et moins ambitieuse, a pu aboutir (voir plus loin).

Tensions sociales et polarisation de la société

Malgré les succès électoraux de Macron (réélection en 2022) et certaines améliorations économiques, la société française a connu sous ses deux mandats des tensions sociales aiguës, témoignant d’une polarisation grandissante. Le quinquennat a en effet été marqué par des mouvements de contestation d’ampleur exceptionnelle, parfois violents, traduisant le malaise d’une partie de la population face aux réformes perçues comme injustes ou à une gouvernance jugée verticale.

Le premier séisme social est survenu à l’automne 2018 avec le mouvement des Gilets jaunes. Parti d’une pétition en ligne contre la hausse de la taxe carbone sur les carburants, le mouvement se transforme en une fronde générale des classes populaires et moyennes rurales/périurbaines contre la baisse du pouvoir d’achat, les taxes jugées excessives et le mépris attribué aux élites parisiennes. Sans structure ni leader, en dehors des syndicats et partis, les Gilets jaunes occupent les ronds-points et manifestent chaque samedi dès novembre 2018. Le président Macron, ciblé personnellement par les slogans (« Macron démission »), incarne pour eux le « président des riches » déconnecté des réalités du commun des Français. La contestation atteint son paroxysme avec les scènes d’émeutes à Paris (manifestations du 1er décembre 2018 sur les Champs-Élysées qui dégénèrent en saccage de l’Arc de Triomphe, images choquantes pour le pays). Sous la pression, le gouvernement renonce immédiatement à la hausse de la taxe carbone prévue en 2019 (point de départ de la crise) et annonce en décembre 2018 un paquet d’urgence de 10 milliards € pour le pouvoir d’achat : augmentation de la prime d’activité pour les travailleurs modestes (+100 €), défiscalisation des heures supplémentaires, prime exceptionnelle défiscalisée de 1 000 € possible pour les employés (prime « Macron »), et annulation de la hausse de CSG pour les petites retraites. Ces concessions apaisent partiellement la colère. Par ailleurs, Macron lance en janvier 2019 un Grand débat national, vaste consultation citoyenne dans toute la France (réunions locales, cahiers de doléances, plateforme en ligne) pour permettre aux Français d’exprimer leurs attentes en matière de fiscalité, d’organisation de l’État, de transition écologique, etc. Cette initiative inédite aboutira à certaines mesures (baisse de l’impôt sur le revenu de 5 Mds€, réforme de la haute fonction publique avec suppression de l’ENA, déconcentration de services publics…), mais elle a aussi ses limites : nombre de Gilets jaunes la boudent, y voyant une manœuvre dilatoire. Néanmoins, l’intensité du mouvement faiblit nettement courant 2019.

Les Gilets jaunes ont laissé des traces : d’une part, ils ont renforcé la prise en compte du pouvoir d’achat comme préoccupation centrale des politiques publiques (ainsi, en 2021-2022, face à l’inflation, le gouvernement s’est montré très actif pour compenser la hausse des prix, conscient du risque d’une rechute contestataire). D’autre part, ils ont accentué la polarisation politique : beaucoup de Français modestes se sont détournés du macronisme pour se réfugier dans l’abstention ou voter aux extrêmes (Marine Le Pen a obtenu 41,5% au second tour de 2022, un record pour l’extrême droite). Le sentiment d’une fracture entre « France d’en bas » et « élites » s’est exacerbé, alimenté par des phrases jugées méprisantes du président (le fameux « qu’ils viennent me chercher » ou « traverser la rue pour trouver un boulot », retenus négativement). À l’international, ces événements ont marqué : on a vu des violences inhabituellement dures de part et d’autre – manifestants mutilés par des LBD, policiers épuisés – ce qui a entaché l’image de Macron qui se voulait unificateur.

Un autre foyer de contestation majeur a été la réforme des retraites. Annoncée dès 2017 comme la grande réforme sociale du quinquennat, Macron ambitionnait initialement de créer un système universel par points, fusionnant les 42 régimes existants et instaurant la même règle pour tous. Ce projet complexe a suscité une vive opposition des syndicats et de certaines professions (RATP, SNCF, avocats…) qui craignaient pour leurs acquis. Fin 2019, de grandes grèves notamment dans les transports paralyseront le pays pendant plus d’un mois. Le gouvernement fait quelques concessions (maintien des « droits acquis » pour la génération proche de la retraite, temporisation sur l’âge pivot), puis choisit début 2020 de recourir à l’article 49.3 pour faire passer le texte en première lecture sans vote, face à l’obstruction parlementaire. Mais la pandémie de Covid, en mars 2020, interrompt net le processus : la réforme est suspendue sine die et finalement enterrée au profit de la gestion de crise sanitaire.

Réélu en 2022, Macron revient toutefois sur le sujet des retraites, avec un projet cette fois plus « paramétrique » (classique) : il ne s’agit plus de refonte totale, mais principalement de reculer l’âge légal de départ de 62 à 64 ans d’ici 2030 et d’accélérer l’allongement de la durée de cotisation (43 ans dès 2027). Le gouvernement Élisabeth Borne présente cette réforme fin 2022 comme indispensable pour équilibrer le système face au vieillissement. L’ensemble des syndicats se coalisent contre le report de l’âge, lançant en 2023 de puissantes manifestations et grèves. Entre janvier et mars 2023, huit journées d’action rassemblent à chaque fois 1 à 2 millions de personnes dans la rue, du jamais vu depuis 2010. L’opinion publique, dans sa majorité, désapprouve la réforme (environ 70% des Français y sont opposés d’après les sondages) et soutient les grèves, car beaucoup estiment la mesure injuste pour ceux qui ont commencé à travailler jeunes ou exercent des métiers pénibles. Le conflit culmine mi-mars 2023 lorsque le gouvernement, redoutant de ne pas avoir une majorité absolue à l’Assemblée, décide d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter la réforme sans vote final. Ce passage en force institutionnel, bien que légal, agit comme un détonateur : des colères sporadiques éclatent dans plusieurs villes (manifestations sauvages, poubelles brûlées dans les rues de Paris en pleine grève des éboueurs…). Le 20 mars, une motion de censure transpartisane échoue de justesse à renverser le gouvernement (il manquait 9 voix), ce qui aurait annulé la loi. Finalement, la réforme est promulguée et entre en vigueur en septembre 2023, mais le climat politique s’est lourdement dégradé. L’usage répété du 49.3 – Mme Borne l’a utilisé **11 fois en moins d’un an (2022-2023), dont pour la loi retraites » – est dénoncé par l’opposition comme un déni de démocratie. Pour la majorité présidentielle, c’est au contraire le moyen d’assumer des décisions impopulaires mais jugées nécessaires. Le bras de fer a laissé des traces : image autoritaire du pouvoir, unité syndicale renforcée (fait rare, les 8 centrales ont marché ensemble), et un ressentiment persistant dans une partie de la population qui se sent « non écoutée ».

Ces mouvements sociaux sur le pouvoir d’achat et les retraites ne sont pas les seuls. On peut également évoquer les manifestations contre la loi sécurité globale fin 2020 (collectifs de journalistes, de défense des droits humains s’opposant à l’article pénalisant la diffusion d’images de policiers), ou celles contre la loi « séparatisme » accusée de stigmatiser les musulmans. Si ces dernières ont eu moins d’ampleur, elles s’inscrivent dans un climat de vigilance sur les libertés publiques sous Macron. Les critiques parlent de lois « liberticides », visant notamment la concentration des pouvoirs à l’Élysée, l’usage du 49.3, et certaines dispositions sécuritaires (par exemple, l’intégration de mesures de l’état d’urgence antiterroriste dans le droit commun en 2017, la surveillance numérique accrue, les restrictions de manifestation pendant la crise sanitaire). Macron rejette ces procès en autoritarisme, rappelant qu’il a été élu et réélu démocratiquement et qu’il respecte l’État de droit (le Conseil constitutionnel a joué son rôle de garde-fou sur plusieurs textes). Il n’empêche que l’indice de confiance dans les institutions est très bas en France : dans les enquêtes, seulement ~30% des Français disent faire confiance au Président et au Parlement. Une large part exprime de la méfiance ou du dégoût envers le « système », ce qui se traduit par une abstention record (54% aux législatives 2022) et la progression des votes protestataires.

Le paysage politique post-2022 est lui-même polarisé. Sans majorité absolue à l’Assemblée nationale (le camp macroniste n’a que 250 sièges sur 577), Macron doit composer avec une opposition bicéphale forte : d’un côté l’alliance de gauche NUPES (~150 sièges) emmenée par Jean-Luc Mélenchon, très combative voire véhémente dans l’hémicycle, de l’autre le Rassemblement national de Marine Le Pen (88 sièges), dédiabolisé et soucieux d’apparaître constructif mais fermement opposé aux réformes libérales. Le Parlement est le théâtre de joutes rudes, d’obstruction parfois (40 000 amendements déposés sur la réforme des retraites), et le gouvernement peine à bâtir des compromis. Cette majorité relative inédite sous la Ve République (hors cohabitation) a conduit à une utilisation record de l’article 49.3 par Élisabeth Borne : 23 fois entre mai 2022 et fin 2023 pour faire adopter les lois budgétaires et quelques textes clés sans vote (la Constitution permet une fois par session sur un texte hors budget). Cela a évité le blocage institutionnel, mais au prix d’une tension démocratique et d’une rhétorique virulente de l’opposition dénonçant un « passage en force permanent ». Chaque 49.3 a entraîné une motion de censure (aucune n’a atteint la majorité jusqu’ici), dans une sorte de rituel usant la crédibilité de la Première ministre et renforçant l’image d’un pouvoir minoritaire imposant sa volonté faute de consensus.

En dehors des conflits socio-économiques, la France a aussi connu des accès de tension sur des enjeux régaliens. La sécurité publique s’est invitée dans le débat suite à des faits divers marquants (assassinats terroristes en 2020 dont celui du professeur Samuel Paty, émeutes urbaines en juin 2023 après la mort d’un jeune Nahel tué par la police lors d’un refus d’obtempérer). Ces derniers évènements, survenus en 2023, rappellent les émeutes de 2005 : plusieurs nuits de violences dans les banlieues, pillages, attaques de commissariats, etc. Macron a alors fustigé un problème de société profond et annoncé des mesures pour améliorer la relation police-population (formation, contrôles), tout en condamnant fermement les émeutiers. Ces crises de sécurité intérieure alimentent la rhétorique de l’extrême droite sur le laxisme migratoire et pénal. Macron a durci son discours par moments (parlant d’« ensauvagement » de la société via son ministre de l’Intérieur), augmentant les moyens policiers et promulguant des lois plus sévères (par ex, loi anti-casseurs 2019, partiellement censurée). Il reste cependant attaqué sur sa gauche pour des dérives autoritaires (usage de drones policiers, surveillance de masse) et sur sa droite pour un prétendu laxisme (baisse des expulsions de migrants illégaux au début du quinquennat, ou refus d’une justice ultrasévére). Ce dilemme illustre la polarisation extrême du débat public français : toute action de l’exécutif est immédiatement clivée et caricaturée par ses opposants d’un bord ou de l’autre.

En définitive, l’époque Macron a vu monter une très forte contestation antisystème. Celle-ci s’est exprimée dans la rue (Gilets jaunes, anti-pass, manifs retraites) et dans les urnes (record de votes RN/LFI, abstention). Le narratif médiatique autour de Macron a oscillé entre le portrait d’un réformateur courageux modernisant le pays, et celui d’un président arrogant gouvernant pour les riches et méprisant la contestation populaire. Les données objectives apportent un éclairage nuancé : par exemple, on a vu que le pouvoir d’achat moyen a augmenté malgré le ressenti inverse de nombreux Français, ou que la pression fiscale a atteint un sommet historique de 45,3% du PIB en 2022 malgré des baisses d’impôts emblématiques (signe que d’autres taxes ont augmenté ou que le PIB a baissé en 2020). De même, le chômage a baissé fortement, ce qui devrait bénéficier aux classes populaires, mais la précarité de l’emploi et le sentiment de déclassement restent élevés – la pauvreté touche encore ~14% de la population (seuil à 60% du revenu médian) et les inégalités de patrimoine se sont accentuées. Ainsi, il y a souvent un écart entre le narratif médiatique/politique et la réalité mesurée. Macron a pu se targuer de certains indicateurs macro positifs, toutefois une majorité de Français juge son bilan économique négativement (74% d’opinions défavorables fin 2025). Cela traduit un déficit d’adhésion et la persistance d’une crise de confiance envers le pouvoir, au-delà des chiffres.

Évolution du rôle international de la France

Sur la scène internationale, Emmanuel Macron s’est efforcé de donner à la France un rôle de puissance d’équilibre et de leader européen, dans la continuité du gaullo-mitterrandisme mais avec son style personnel. Son arrivée au pouvoir coïncidait avec le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, le Brexit en cours et la montée des nationalismes. Il a donc d’emblée affiché une ambition européenne forte. Dès septembre 2017, son discours de la Sorbonne trace une vision d’une Europe souveraine, intégrée sur les plans de la défense, de la fiscalité, de la gestion des migrations. Plusieurs de ses propositions se concrétiseront partiellement : par exemple, la création en 2019 d’un budget commun de la zone euro (certes modeste), l’initiative européenne d’intervention (IEI) hors cadre OTAN pour des opérations militaires conjointes, et surtout en 2020 la mise en place d’un plan de relance européen financé par un emprunt commun de 750 Mds€ – décision historique prise avec Angela Merkel, largement inspirée de l’activisme franco-allemand de Macron en pleine crise Covid. Sur ce dossier, Macron a fait bouger la ligne allemande (traditionnellement opposée à la mutualisation des dettes), montrant sa capacité à entraîner l’Europe dans des moments critiques.

La relation Franco-allemande sous Macron a connu des hauts et des bas. Avec Angela Merkel (chancelière jusqu’en 2021), Macron forme au début un tandem relativement efficace, actant par le Traité d’Aix-la-Chapelle (2019) un renforcement symbolique du partenariat (coopération transfrontalière, positions communes à l’UE). Toutefois, des divergences subsistent : l’Allemagne traîne les pieds sur la défense européenne, la France rechigne sur certains aspects économiques. Après le départ de Merkel, les frictions se font plus vives avec le chancelier Olaf Scholz : désaccords en 2022 sur la réponse à la crise énergétique (Berlin lançant un plan national sans concertation), sur les projets d’armement (avion de combat du futur et char franco-allemand en retard), ou sur le nucléaire (l’Allemagne ayant torpillé certaines ambitions françaises dans ce domaine selon Paris). Macron a parlé à un moment de la « dérive » de l’Allemagne tentée par la solitude, tandis que la presse allemande a titré « La France, c’est l’Allemagne en mieux » (provocation relevée par Bruno Le Maire). Néanmoins, les deux pays restent interdépendants et conscients de leur responsabilité pour éviter la paralysie de l’UE. En octobre 2023, un Conseil des ministres franco-allemand a permis de trouver un terrain d’entente minimal sur les aides aux industries vertes et la réforme du marché de l’électricité. À plus long terme, les divergences stratégiques persistent (modèle économique orienté export et rigueur budgétaire côté allemand, versus demande intérieure et dépense publique côté français), mais Macron aura au moins œuvré à ce que ces débats se fassent au grand jour plutôt que d’être tus (« les différences éclatent au grand jour, premier pas vers un consensus », notait un intervenant d’un forum franco-allemand).

Au-delà de l’Europe, Macron a cherché à maintenir la voix singulière de la France dans le concert mondial. Sur le plan militaire, il a poursuivi les opérations extérieures contre le terrorisme islamiste, notamment au Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso). Cependant, la stratégie française en Afrique de l’Ouest a rencontré de sérieux revers. Malgré quelques succès tactiques (élimination de chefs djihadistes), la situation sécuritaire au Sahel s’est dégradée, et des ressentiments anti-français ont émergé dans la population et chez certains dirigeants africains. En 2020-2022, une série de coups d’État militaires au Mali, puis au Burkina et en Guinée, ont porté au pouvoir des juntes hostiles à la présence française, préférant parfois l’appui de mercenaires russes (groupe Wagner). En février 2022, Macron a dû annoncer le retrait total de l’opération Barkhane au Mali après 9 ans d’engagement, les autorités maliennes l’ayant de facto poussé dehors. Puis en 2023, c’est du Niger que l’armée française a été expulsée, suite à un putsch anti-français en juillet. Ces événements ont mis fin abruptement à une ère d’interventionnisme français en Afrique subsaharienne. Macron a depuis tenté de redéfinir la politique africaine de la France : fin de la doctrine des bases permanentes, passage à des partenariats militaires plus discrets et sur demande, insistance sur le respect des souverainetés africaines. Mais il doit composer avec une opinion africaine de plus en plus hostile (manifestations antifrançaises régulières au Sahel, influence grandissante de la Russie via propagande). Le président a multiplié les déplacements sur le continent pour sauver l’influence française, promouvant un « nouveau partenariat équilibré ». Il reste que la France, ancienne puissance coloniale, voit son rôle reculer en Afrique au profit d’autres acteurs (Russie, Chine, Turquie). C’est un revers stratégique marquant du mandat, même s’il dépasse la seule personne de Macron et s’inscrit dans une tendance de fond de rejet du néo-colonialisme.

Sur le plan de la défense européenne et de l’OTAN, Macron a également imprimé sa marque. Il a suscité la controverse en 2019 en qualifiant l’OTAN d’« en état de mort cérébrale » – une formule visant à secouer les Européens sur la nécessité de prendre leur sécurité en main, dans un contexte de désengagement américain sous Trump. Cette déclaration a irrité certains alliés (pays d’Europe de l’Est notamment). Ironie de l’histoire, l’invasion de l’Ukraine en 2022 a ravivé spectaculairement l’Alliance atlantique, avec un rôle-clé des États-Unis dans la défense de l’Europe, confirmant que l’OTAN restait indispensable. Macron a alors pleinement soutenu l’OTAN renforcée (accueillant positivement l’entrée de la Finlande et de la Suède en 2023) tout en continuant de plaider pour une « Europe de la défense » complémentaire. La France a déployé des troupes en Estonie, Roumanie et Lituanie pour rassurer les alliés frontaliers de la Russie. Elle reste le seul pays de l’UE doté de l’arme nucléaire et d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui confère à Macron une stature particulière : il en a usé pour proposer, par exemple, une initiative de négociation sur la guerre Ukraine-Russie (sans succès concret, mais la France a été l’un des rares canaux de discussion avec Moscou au début du conflit). Globalement, l’influence diplomatique de la France sous Macron s’est maintenue dans le top tier mondial : rôle moteur sur le climat (sommet One Planet, pression pour une taxe carbone aux frontières de l’UE adoptée en 2022), sur la régulation du numérique (Paris appelle à un cadre international, comme le Paris Call pour la cybersécurité), sur les crises régionales (Liban, Iran, Nagorny Karabakh où Macron a soutenu l’Arménie verbalement). Mais les résultats sont mitigés : la realpolitik s’impose souvent face aux bonnes intentions françaises. Par exemple, malgré l’activisme français, aucun règlement de la guerre civile libyenne ou syrienne n’a émergé ; face à la montée de la Chine, la France peine à définir une position claire entre allié des États-Unis et défenseur d’une autonomie européenne.

Notons toutefois un succès européen notable en 2022 : Macron a été l’un des initiateurs de la Communauté politique européenne (CPE), un forum rassemblant 44 pays du continent (UE élargie aux voisins tels que Royaume-Uni, Ukraine, Balkans, Turquie, etc.) pour dialoguer de sécurité, énergie, interconnexions, hors du cadre formel de l’UE. Les deux premiers sommets de la CPE (Prague 2022, Chișinău 2023) ont montré un format utile pour associer tout le continent aux grands enjeux, dans l’esprit macronien de « concentric circles ». Cela pourrait à terme consolider le rôle de la France comme pont entre l’UE et ses voisins, et offrir une structure aux pays candidats en attendant l’adhésion éventuelle.

En résumé, sur la décennie Macron, la France a cherché à renforcer son leadership européen et sa voix propre dans le monde, avec des résultats contrastés. L’image d’une France diplomatiquement active et militairement présente est intacte : Macron est souvent en première ligne (il a parcouru le globe intensément, de la Chine à l’Afrique, du Moyen-Orient à l’Océanie). Néanmoins, son concept d’« autonomie stratégique européenne » reste une ambition inachevée, et certains partenaires le perçoivent comme donneur de leçons. Sur le plan militaire, la France a dû ajuster sa posture après les échecs au Sahel, et réaliser que sa capacité d’influence a des limites face aux grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie). Il n’en reste pas moins que la France demeure, en 2027, la 3^e économie d’Europe, la 1^e en termes de démographie (elle sera bientôt le pays le plus peuplé d’Europe occidentale) et l’un des deux seuls États de l’UE possédant l’arme nucléaire et un siège à l’ONU. Ces atouts institutionnels et géopolitiques lui confèrent, sous Macron comme pour ses successeurs, un rôle pivot que ce dernier a tenté d’exploiter pour orienter les politiques européennes (climat, relance, défense) dans un sens conforme aux intérêts français.

Où va la France ? Perspectives à l’horizon 2027

Alors que le second mandat d’Emmanuel Macron s’achèvera en 2027, une question fondamentale se pose : où va la France ? Autrement dit, quelle trajectoire économique et sociale suit-elle, et quelle stratégie pour le futur ? Le bilan des deux quinquennats montre un pays à la croisée des chemins. D’un côté, certaines réformes structurelles ont porté leurs fruits (un marché du travail plus dynamique, des investissements industriels qui repartent timidement, une transition énergétique relancée avec le nucléaire et les renouvelables, etc.). De l’autre, des fragilités persistent ou s’aggravent (dette élevée, déficit commercial chronique, inégalités de perception entre une France qui va mieux macroéconomiquement et des Français qui ne le ressentent pas, colère sociale latente).

Sur le plan économique, la priorité des années à venir est sans doute le redressement des finances publiques. La Cour des comptes, dans son audit de 2022, a préconisé une stratégie à deux piliers : soutenir une croissance durable par l’investissement et la transition écologique, et maîtriser strictement la dépense publique pour réduire la dette sur la durée. La France doit en effet retrouver des marges de manœuvre budgétaires, sous peine de voir sa dette devenir insoutenable lorsque les taux augmenteront encore. Des choix difficiles s’annoncent : il faudra soit augmenter des recettes (certaines voix suggèrent de revenir partiellement sur les baisses d’impôts accordées aux plus aisés, comme l’ISF ou la flat tax, mais Macron s’y est refusé jusqu’ici), soit réduire des dépenses. La dépense publique française, record d’Europe à ~57% du PIB en 2022, offre certes des gisements d’économies (efficacité de l’action publique, réformes de structures par exemple dans la fonction publique territoriale, rationalisation des aides aux entreprises évaluées à 80 Mds€/an, etc.), mais chaque coupe budgétaire se heurte à des oppositions sectorielles. Macron a lancé en 2023 un nouveau plan d’économies (objectif 12 Mds€ d’ici 2027) et souhaite conditionner certaines dépenses sociales (RSA sous condition d’activité), mais l’ampleur reste modeste au regard du défi. L’engagement pris est de repasser sous 3% de déficit d’ici 2027, ce qui suppose une trajectoire de désendettement assez nette à partir de 2024. Le respect de cette cible sera scruté par les partenaires européens (alors que le Pacte de stabilité va redevenir contraignant). Faute de majorité absolue, le gouvernement devra sans doute utiliser encore 49.3 pour les budgets, sauf à bâtir un compromis avec la droite parlementaire sur la réduction des déficits. Ce chantier financier conditionne la crédibilité de la France en Europe et sur les marchés.

En matière de compétitivité et d’industrie, la France semble avoir amorcé un frémissement positif qu’il convient de consolider. De nombreuses usines ont été annoncées ou inaugurées depuis 2022 : usines de batteries électriques dans le Nord, extension de sites Airbus, relocalisations dans la santé (paracétamol) ou l’électronique. Le gouvernement multiplie les “Choose France” summits pour attirer les investissements étrangers – et ça fonctionne, la France étant depuis 2019 en tête en Europe pour le nombre de projets d’investissements étrangers. Mais le chemin est long pour combler le retard face à l’Allemagne. Il faudra poursuivre la politique de baisse des impôts de production et de simplification administrative pour les entreprises, tout en veillant à la formation de la main d’œuvre. Un point critique qui pourrait freiner la réindustrialisation est la pénurie de compétences dans les métiers techniques et industriels : aujourd’hui déjà, beaucoup d’usines peinent à recruter des soudeurs, électrotechniciens, ingénieurs…. Des efforts dans l’enseignement professionnel et l’apprentissage seront déterminants. Sur ce front, Macron a déjà renforcé l’apprentissage (record de 800 000 apprentis en 2022) et lancé une réforme du lycée professionnel en 2023 pour mieux insérer les jeunes. Il faut espérer que ces actions portent leurs fruits d’ici quelques années, sous peine que le rebond industriel soit limité par le bottleneck du capital humain.

Le pouvoir d’achat restera un sujet central jusqu’en 2027 et au-delà. L’inflation, bien qu’en repli fin 2023 (~4%), a entamé la confiance des ménages. Macron a annoncé vouloir conditionner certaines aides (par ex, le RSA) mais aussi mieux récompenser le travail : revalorisation des bas salaires, peut-être via un nouveau coup de pouce au SMIC ou via la négociation de branche (il a exhorté certaines branches à dépasser le SMIC pour leurs minima). La problématique du logement (loyers en hausse, accès à la propriété plus dur avec la remontée des taux) est également critique pour le bien-être des Français et pourrait devenir la prochaine bombe sociale. Le gouvernement a dévoilé en 2023 un plan logement modeste, mais plus d’efforts seront requis pour stimuler la construction et encadrer les coûts, afin que le « commun des Français » ne voie pas son niveau de vie se dégrader.

Sur les droits et libertés, Macron devra naviguer prudemment. Il a exprimé récemment des regrets sur la façon dont certains propos ou méthodes ont pu blesser (il a par exemple admis qu’il avait parfois « donné l’impression de ne pas écouter »). Une des leçons de ces années est que la démocratie française a besoin d’être revivifiée. Macron a lancé la Convention citoyenne (sur le climat en 2020, sur la fin de vie en 2023) pour associer des citoyens tirés au sort à la décision : ces expériences de démocratie participative, intéressantes, n’ont toutefois qu’un impact consultatif. Il réfléchit à institutionnaliser davantage ce type d’instances. Par ailleurs, le Président a évoqué la possibilité d’innover institutionnellement (par ex, une dose de proportionnelle aux législatives pour mieux représenter la pluralité politique, réforme maintes fois promise mais jamais réalisée). Cependant, sa capacité à faire passer une réforme institutionnelle est limitée sans 3/5 du Parlement ou référendum. En tout cas, pour « réconcilier » les Français avec la politique, des gestes d’ouverture pourraient avoir lieu dans la fin du quinquennat : Macron pourrait remanier son gouvernement en intégrant des profils d’opposition modérée, ou lancer de grandes concertations nationales sur des sujets comme l’école, la santé (deux domaines en crise latente où des plans sont en cours).

Sur l’immigration et la sécurité nationale, la ligne future est attendue au tournant. Macron lui-même a reconnu que la politique migratoire actuelle n’est « ni efficace ni humaine ». Il a fait de la promulgation d’une nouvelle loi immigration un objectif pour 2024 : celle-ci faciliterait l’expulsion des étrangers délinquants, accélérerait le traitement des demandes d’asile (objectif : décider en 6 mois) et créerait un titre de séjour pour les travailleurs dans les métiers en tension (bâtiment, restauration…). Le contexte politique rend le vote de cette loi incertain : la droite veut durcir le texte (comme lier titre de séjour et niveau de français, ou supprimer l’aide médicale d’État pour les sans-papiers), la gauche le combat dans son principe. S’il échoue à faire adopter cette réforme, Macron pourrait tenter de passer certains aspects par décret, mais la portée serait moindre. Quoi qu’il en soit, le débat migratoire sera très présent jusqu’en 2027, attisé par l’extrême droite qui en a fait son thème de prédilection. La France devra jongler entre ses valeurs humanistes (droit d’asile, accueil des réfugiés ukrainiens) et la nécessité de gérer les flux (contexte de pression migratoire continue en Méditerranée et aux frontières de l’UE). De plus, la question de l’intégration des populations d’origine immigrée dans la République restera cruciale pour la cohésion nationale – un échec sur ce front peut conduire à de nouveaux embrasements, comme on l’a vu en 2005 et 2023.

En politique étrangère, la stratégie future de la France devrait prolonger les axes tracés par Macron : autonomie stratégique européenne (défense, technologies), alliances pragmatiques (continuer à parler à tout le monde, y compris à la Chine ou aux puissances du Sud global), tout en réinvestissant des champs laissés vacants (Afrique francophone où il faudra reconstruire des partenariats sur de nouvelles bases). Avec la guerre en Ukraine qui s’installe, la France s’emploiera à maintenir l’unité occidentale tout en réfléchissant à l’architecture de sécurité post-conflit – Macron a déjà esquissé l’idée de garanties à offrir à l’Ukraine et de la nécessité de ne pas humilier la Russie, ce qui lui a valu critiques et incompréhensions à l’Est de l’Europe. Le challenge sera de peser suffisamment dans les décisions, face à une Allemagne affaiblie économiquement mais toujours prépondérante dans l’UE et face à des États-Unis redevenus centraux en Europe.

Enfin, impossible de parler d’avenir sans évoquer l’échéance de 2027. Macron ne pourra constitutionnellement pas briguer un troisième mandat consécutif. La fin de son mandat sera donc en partie consacrée à préparer sa sortie et la transition. Il aura à cœur de consolider son héritage : s’assurer que les réformes phares (retraites, chômage, éducation…) ne soient pas détricotées, et peut-être désigner implicitement un successeur dans son camp capable de battre les extrêmes. L’actuel paysage politique fait craindre une possible victoire de Marine Le Pen en 2027 – hypothèse que Macron a dit vouloir empêcher à tout prix, voyant son propre rôle comme un rempart. Pour ce faire, il devra sans doute amplifier les efforts sur ce « quotidien » qui touche les Français : la sécurité (avec des résultats probants à montrer sur la baisse de la délinquance, la lutte contre les trafics, etc.), la justice sociale (éviter de nouvelles mesures perçues comme favorisant les élites, et au contraire mettre l’accent sur l’égalité des chances, l’accès aux services publics notamment dans les territoires ruraux ou les banlieues). Dans cette optique, certains observateurs estiment que Macron pourrait, sur la fin du mandat, corriger son image « technocratique » par plus de proximité et d’écoute, afin de réduire la polarisation.

En conclusion, la décennie Macron (2017-2027) apparaît comme un cycle politique continu, cohérent dans ses objectifs (relancer la France via des réformes pro-compétitivité, tout en préservant le modèle social) mais heurté par des crises majeures et des résistances internes fortes. Le pays en sort avec des indicateurs socio-économiques en demi-teinte : davantage d’emplois mais aussi plus de dettes, une croissance faible mais une transition écologique enclenchée, un niveau de vie moyen en hausse mais un mécontentement populaire persistant. Le narratif médiatique qui oppose le « nouveau monde » macronien aux « Gaulois réfractaires » est sans doute trop simpliste. En réalité, la France a montré à la fois une capacité d’adaptation (par exemple l’économie a bien absorbé les réformes du marché du travail, et les Français ont su faire preuve de civisme pendant la pandémie) et une attache profonde à certains acquis sociaux, ce qui a freiné ou modulé les transformations.

La direction stratégique future dépendra pour beaucoup de la capacité à rassembler autour de choix éclairés par les données et l’intérêt général, plutôt que de se laisser entraîner par les extrêmes et les passions. Des comparaisons avec nos voisins montrent que des compromis sont possibles : l’Allemagne a su réformer son marché du travail dans les années 2000, l’Italie a réussi à relever son âge de la retraite à 67 ans, l’Espagne a redynamisé son économie après la crise financière. La France peut s’inspirer de ces exemples tout en suivant sa propre voie, en valorisant ses atouts (démographie, innovation technologique, énergie bas-carbone) et en corrigeant ses faiblesses (compétences, bureaucratie, intégration sociale). À l’horizon 2027, et avec une projection sur la décennie qui suit, l’enjeu sera de retrouver un sentiment d’unité nationale dans le progrès, condition sine qua non pour éviter que la polarisation actuelle ne mène à l’impasse politique ou à l’alternance vers un projet illibéral. Emmanuel Macron aura, pendant ses deux mandats, tenté d’orienter la France vers un modèle à la nordique (flexisécurité, écologie, modération budgétaire) tout en gérant les chocs imprévus. La réussite de ce cycle politique se mesurera à l’aune de la résilience du pays face aux défis de demain : vieillissemement, révolution numérique/IA, urgence climatique, recomposition géopolitique. Sur plusieurs de ces points, la France de 2027 est mieux outillée qu’en 2017, mais elle reste en quête d’un nouveau souffle pour aborder l’avenir avec sérénité et confiance.

Sources : Données INSEE, Eurostat, Cour des comptes, Banque de France et sources publiques tierces citées tout au long du texte, notamment pour les indicateurs macroéconomiques, et pour les mesures de réformes et leurs effets. Les comparaisons internationales s’appuient sur des statistiques Eurostat (déficits, dette : France 111,6% du PIB de dette fin 2022 vs moyenne UE ~90%; chômage France ~7% vs Allemagne ~3% et Espagne ~12% en 2022). Les éléments d’analyse institutionnelle (49.3, majorité relative) sont documentés par Le Parisien. Enfin, le récit des crises et tensions sociales est étayé par des rapports officiels et articles de presse (JDD, Public Sénat…), afin d’opposer au narratif médiatique une approche factuelle et comparative conforme aux exigences de System Skeptic Speaks.

L’élection d’Emmanuel Macron en 2017 a marqué un tournant majeur dans la politique française, promettant un renouvellement et des réformes audacieuses. Au cours de ses deux mandats, le président a navigué à travers une série de défis, allant des réformes économiques aux crises sociales, en passant par la pandémie de COVID-19. Dans cet article, nous nous proposons d’examiner en profondeur les actions entreprises par Emmanuel Macron durant cette période, d’analyser l’impact de ses décisions sur la société française, et d’explorer les perspectives d’avenir pour le pays à l’aube de 2027.

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