{"id":507,"date":"2026-02-13T12:41:34","date_gmt":"2026-02-13T12:41:34","guid":{"rendered":"https:\/\/systemskepticspeaks.com\/?p=507"},"modified":"2026-02-13T12:41:35","modified_gmt":"2026-02-13T12:41:35","slug":"bilan-des-deux-mandats-demmanuel-macron-2017-2027-reformes-crises-et-perspectives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/systemskepticspeaks.com\/index.php\/2026\/02\/13\/bilan-des-deux-mandats-demmanuel-macron-2017-2027-reformes-crises-et-perspectives\/","title":{"rendered":"Bilan des deux mandats d\u2019Emmanuel Macron (2017\u20132027)\u00a0: r\u00e9formes, crises et perspectives"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-uagb-image uagb-block-fc7bc966 wp-block-uagb-image--layout-default wp-block-uagb-image--effect-static wp-block-uagb-image--align-none\"><figure class=\"wp-block-uagb-image__figure\"><img decoding=\"async\" srcset=\"https:\/\/systemskepticspeaks.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Macron-face-a-la-tempete-sociale-1024x683.png ,https:\/\/systemskepticspeaks.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Macron-face-a-la-tempete-sociale.png 780w, https:\/\/systemskepticspeaks.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Macron-face-a-la-tempete-sociale.png 360w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 150px\" src=\"https:\/\/systemskepticspeaks.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Macron-face-a-la-tempete-sociale-1024x683.png\" alt=\"Macron face \u00e0 la temp\u00eate sociale\" class=\"uag-image-508\" width=\"1536\" height=\"1024\" title=\"Macron face \u00e0 la temp\u00eate sociale\" loading=\"lazy\" role=\"img\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Contexte 2017<\/h2>\n\n\n\n<p>En mai 2017, Emmanuel Macron est \u00e9lu pr\u00e9sident dans un contexte politique in\u00e9dit. Le paysage partisan traditionnel s\u2019est effondr\u00e9 apr\u00e8s le quinquennat de Fran\u00e7ois Hollande, marqu\u00e9 par un ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9 (~10%), une dette publique proche de 96% du PIB, et une opinion publique lass\u00e9e des scandales (affaire Fillon) et des promesses non tenues. Macron, alors \u00e2g\u00e9 de 39&nbsp;ans, se pr\u00e9sente comme un candidat \u00ab&nbsp;et de droite et de gauche&nbsp;\u00bb, pro-europ\u00e9en, pr\u00f4nant une <strong>\u00ab&nbsp;mondialisation heureuse&nbsp;\u00bb<\/strong> et des r\u00e9formes \u00e9conomiques d\u2019inspiration lib\u00e9rale combin\u00e9es \u00e0 un \u00ab&nbsp;bouclier social&nbsp;\u00bb. Ce positionnement centriste attire un \u00e9lectorat en qu\u00eate de renouveau et d\u2019efficacit\u00e9, lui permettant de battre Marine Le Pen au second tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan \u00e9conomique, la France en 2017 sort lentement de la crise de la zone euro. La croissance est de retour mais mod\u00e9r\u00e9e (+2,3% en 2017) et le pays tra\u00eene des faiblesses structurelles&nbsp;: un ch\u00f4mage bien plus \u00e9lev\u00e9 que la moyenne europ\u00e9enne (9,4% fin 2017), un d\u00e9ficit public chronique (\u20132,6% du PIB en 2017 malgr\u00e9 les efforts de Hollande) et un commerce ext\u00e9rieur d\u00e9ficitaire (25&nbsp;milliards d\u2019euros de d\u00e9ficit commercial en 2017). La comp\u00e9titivit\u00e9 fran\u00e7aise est en berne, illustr\u00e9e par une industrie qui ne repr\u00e9sente plus que ~14% du PIB, bien en dessous de la moyenne europ\u00e9enne (pr\u00e8s de 20%). L\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise d\u00e9pend davantage de la consommation int\u00e9rieure, alors que l\u2019Allemagne, voisin et mod\u00e8le invoqu\u00e9 du candidat Macron, profite d\u2019une base industrielle forte et de larges exc\u00e9dents commerciaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le contexte s\u00e9curitaire est \u00e9galement tendu. La France vit sous la menace terroriste depuis les attentats de 2015-2016, et l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence vient d\u2019\u00eatre lev\u00e9 en novembre 2017 au profit d\u2019une loi de s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure int\u00e9grant certaines mesures d\u2019exception dans le droit commun. Sur le plan social, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise est travers\u00e9e par un sentiment de d\u00e9fiance envers les \u00e9lites politiques. L\u2019abstention et le vote protestataire (21% pour l\u2019extr\u00eame droite au premier tour de 2017) t\u00e9moignent d\u2019une polarisation grandissante. Emmanuel Macron h\u00e9rite donc d\u2019un pays en demande de r\u00e9formes, mais m\u00e9fiant, fragilis\u00e9 par des ann\u00e9es de croissance molle et des crises successives (financi\u00e8re de 2008, dette de la zone euro, terrorisme). Ce contexte difficile va influencer la feuille de route de son premier quinquennat.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les r\u00e9formes structurelles<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de son mandat, Emmanuel Macron engage un ambitieux programme de r\u00e9formes structurelles, s\u2019inscrivant dans une continuit\u00e9 des politiques de l\u2019offre entam\u00e9es sous Hollande (CICE, pacte de responsabilit\u00e9). <strong>L\u2019une des toutes premi\u00e8res mesures est la r\u00e9forme du Code du travail<\/strong> par ordonnances \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2017. Cette r\u00e9forme donne plus de flexibilit\u00e9 aux entreprises&nbsp;: bar\u00e8me plafonnant les indemnit\u00e9s prud\u2019homales en cas de licenciement abusif, fusion des instances repr\u00e9sentatives du personnel, et primaut\u00e9 donn\u00e9e aux accords d\u2019entreprise sur les accords de branche. L\u2019objectif affich\u00e9 est de <strong>lib\u00e9raliser le march\u00e9 du travail<\/strong> pour favoriser l\u2019embauche, dans un pays historiquement plomb\u00e9 par un ch\u00f4mage de masse. Malgr\u00e9 des manifestations port\u00e9es par les syndicats et l\u2019extr\u00eame gauche, le gouvernement assume de proc\u00e9der par ordonnances (\u00e9viter de longs d\u00e9bats parlementaires), au grand dam de l\u2019opposition s\u00e9natoriale qui y voit un contournement du Parlement.<\/p>\n\n\n\n<p>En parall\u00e8le, Macron fait voter une loi de <strong>moralisation de la vie publique<\/strong> afin de tirer les le\u00e7ons des scandales r\u00e9cents. La loi interdit notamment les emplois familiaux pour les \u00e9lus (fin des attach\u00e9s parlementaires ayant des liens familiaux, en \u00e9cho \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019affaire Penelope Fillon&nbsp;\u00bb) et supprime la r\u00e9serve parlementaire, pour pr\u00e9venir le n\u00e9potisme et le client\u00e9lisme. Cette r\u00e9forme \u00e9thique, adopt\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, lui permet de marquer une rupture avec les pratiques du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan \u00e9conomique et fiscal, plusieurs <strong>r\u00e9formes pro-entreprises et pro-investissement<\/strong> embl\u00e9matiques sont lanc\u00e9es. La plus comment\u00e9e est la <strong>suppression de l\u2019imp\u00f4t de solidarit\u00e9 sur la fortune (ISF)<\/strong>, remplac\u00e9 en 2018 par un imp\u00f4t sur la seule fortune immobili\u00e8re (IFI), coupl\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un pr\u00e9l\u00e8vement forfaitaire unique de 30% sur les revenus du capital (la \u00ab&nbsp;flat tax&nbsp;\u00bb). Cette double mesure phare vise \u00e0 orienter l\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages ais\u00e9s vers l\u2019investissement productif (actions, entreprises) plut\u00f4t que vers l\u2019immobilier, dans l\u2019espoir d\u2019un effet de <strong>\u00ab&nbsp;ruissellement&nbsp;\u00bb<\/strong> sur l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. Cependant, elle vaut au pr\u00e9sident le sobriquet durable de \u00ab&nbsp;pr\u00e9sident des riches&nbsp;\u00bb dans les m\u00e9dias et l\u2019opposition. Les chiffres alimentent le d\u00e9bat&nbsp;: selon un rapport s\u00e9natorial de 2019, les contribuables les plus fortun\u00e9s ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 en moyenne de <strong>1,7 million d\u2019euros chacun<\/strong> gr\u00e2ce \u00e0 la suppression de l\u2019ISF, sans que l\u2019investissement promis ne se mat\u00e9rialise clairement pour l\u2019\u00e9conomie. Ce pari assum\u00e9 sur la politique de l\u2019offre restera controvers\u00e9 tout au long du mandat.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours pour am\u00e9liorer l\u2019attractivit\u00e9 de la France, <strong>l\u2019imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s<\/strong> est progressivement abaiss\u00e9 de 33,3% \u00e0 <strong>25% en 2022<\/strong>, s\u2019alignant sur la moyenne europ\u00e9enne. De m\u00eame, les <strong>imp\u00f4ts de production<\/strong> (taxes sectorielles pesant sur les entreprises, jug\u00e9es excessives en France) sont r\u00e9duits \u00e0 partir de 2020, afin de soutenir la comp\u00e9titivit\u00e9 industrielle. Ces baisses fiscales signifient en contrepartie un manque \u00e0 gagner budg\u00e9taire, financ\u00e9 par des \u00e9conomies ou du d\u00e9ficit, mais elles entendent relancer la machine \u00e9conomique et enrayer la d\u00e9sindustrialisation. Plusieurs ann\u00e9es plus tard, on constatera que la France a effectivement <strong>stabilis\u00e9 l\u2019h\u00e9morragie industrielle<\/strong>&nbsp;: la part de l\u2019industrie dans le PIB a cess\u00e9 de reculer autour de 13-14%, alors qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait effondr\u00e9e de 2000 \u00e0 2016 (le nombre d\u2019usines avait diminu\u00e9 de moiti\u00e9 sur cette p\u00e9riode). Des analystes \u00e9voquent <em>\u00ab&nbsp;des signes encourageants&nbsp;\u00bb<\/em> d\u2019un d\u00e9but de <strong>r\u00e9industrialisation<\/strong> \u2013 nouveaux sites de batteries, relocalisations modestes \u2013 m\u00eame s\u2019il est <em>\u00ab&nbsp;trop t\u00f4t pour crier victoire&nbsp;\u00bb<\/em>, la reconstruction d\u2019un tissu productif prenant du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2018, une autre r\u00e9forme structurelle majeure voit le jour&nbsp;: la <strong>nouvelle organisation de la SNCF<\/strong>. Visant \u00e0 pr\u00e9parer l\u2019ouverture \u00e0 la concurrence impos\u00e9e par l\u2019UE, la loi transforme la SNCF en soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00e0 capitaux publics et, symbole fort, met fin au statut particulier des cheminots pour les nouvelles embauches. Ce statut, h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019histoire, garantissait emploi \u00e0 vie et r\u00e9gime de retraite sp\u00e9cial. Sa suppression, accompagn\u00e9e de garanties pour les cheminots actuels, provoque des gr\u00e8ves massives au printemps 2018. Apr\u00e8s des semaines de bras de fer, le gouvernement ne c\u00e8de pas, actant une \u00e9volution jug\u00e9e n\u00e9cessaire pour moderniser le rail fran\u00e7ais et r\u00e9duire son lourd endettement. Cette <strong>r\u00e9forme ferroviaire<\/strong> t\u00e9moigne de la volont\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cutif de bousculer des tabous, quitte \u00e0 affronter la rue, dans la lign\u00e9e du c\u00e9l\u00e8bre pr\u00e9c\u00e9dent de 1995 (r\u00e9forme Jupp\u00e9 avort\u00e9e face \u00e0 la mobilisation).<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le volet social, le quinquennat Macron r\u00e9alise \u00e9galement des r\u00e9formes progressistes notables. Apr\u00e8s des d\u00e9bats intenses, la <strong>PMA pour toutes<\/strong> (procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e ouverte aux couples de femmes et aux femmes c\u00e9libataires) est adopt\u00e9e via la loi de bio\u00e9thique en 2021. Cette avanc\u00e9e soci\u00e9tale, tr\u00e8s attendue par les associations LGBT, fait de la France l\u2019un des derniers grands pays d\u2019Europe occidentale \u00e0 autoriser la PMA sans crit\u00e8re d\u2019infertilit\u00e9 m\u00e9dicale. De plus, le <strong>cong\u00e9 paternit\u00e9<\/strong> est doubl\u00e9, passant de 14 \u00e0 <strong>28 jours<\/strong> en 2021, dont 7 obligatoires, marquant un progr\u00e8s pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 parentale. Macron avait fait de l\u2019\u00e9galit\u00e9 femmes-hommes <em>\u00ab&nbsp;la grande cause du quinquennat&nbsp;\u00bb<\/em>, et s\u2019il reste critiqu\u00e9 par certains pour des reculs (les moyens pour lutter contre les f\u00e9minicides, par exemple), ces mesures concr\u00e8tes sur la famille sont salu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres transformations m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre mentionn\u00e9es&nbsp;: la r\u00e9forme de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019universit\u00e9 avec la plateforme <strong>Parcoursup<\/strong> en 2018 (rempla\u00e7ant APB, pour mieux orienter les bacheliers, au prix de couacs initiaux); la refonte du <strong>baccalaur\u00e9at<\/strong> (suppression des fili\u00e8res S\/ES\/L, introduction du contr\u00f4le continu et d\u2019un grand oral); l\u2019abaissement de l\u2019instruction obligatoire \u00e0 3 ans; ou encore la cr\u00e9ation d\u2019un Service national universel (SNU) en exp\u00e9rimentation. Sur le front de la sant\u00e9, Macron tient sa promesse du <strong>\u00ab&nbsp;100% sant\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;: \u00e0 partir de 2020-2021, certaines d\u00e9penses de sant\u00e9 co\u00fbteuses (lunettes, proth\u00e8ses dentaires et auditives) sont int\u00e9gralement rembours\u00e9es sans reste \u00e0 charge pour les patients. Par ailleurs, en r\u00e9ponse \u00e0 la crise de l\u2019h\u00f4pital aggrav\u00e9e par le Covid, le gouvernement accorde lors du <em>S\u00e9gur de la sant\u00e9<\/em> (\u00e9t\u00e9 2020) une augmentation historique de <strong>183\u20ac nets mensuels<\/strong> aux soignants hospitaliers et en EHPAD, pour revaloriser des m\u00e9tiers en tension.<\/p>\n\n\n\n<p>En mati\u00e8re de <strong>politique migratoire et de s\u00e9curit\u00e9<\/strong>, Macron alterne entre fermet\u00e9 et humanisme, cherchant un \u00e9quilibre centriste. D\u00e8s 2018, la loi <strong>Asile et immigration<\/strong> du ministre G\u00e9rard Collomb durcit les conditions&nbsp;: r\u00e9duction des d\u00e9lais d\u2019instruction des demandes d\u2019asile, allongement de la dur\u00e9e de r\u00e9tention des d\u00e9bout\u00e9s (de 45 \u00e0 90 jours) et facilitation des expulsions, tout en am\u00e9liorant l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s statutaires. Cette loi suscite des remous jusque dans la majorit\u00e9, certains la jugeant trop r\u00e9pressive, d\u2019autres pas assez. Plus tard, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur G\u00e9rald Darmanin porte un discours de fermet\u00e9 accru face \u00e0 l\u2019immigration irr\u00e9guli\u00e8re et \u00e0 la d\u00e9linquance, sans qu\u2019une grande r\u00e9forme aboutisse durant la premi\u00e8re mandature. Il pr\u00e9pare n\u00e9anmoins en 2023 un nouveau projet de loi immigration (non adopt\u00e9 \u00e0 ce jour) visant \u00e0 la fois \u00e0 faciliter l\u2019expulsion des \u00e9trangers criminels et \u00e0 cr\u00e9er des titres de s\u00e9jour pour les m\u00e9tiers en tension \u2013 illustration de la ligne <em>\u00ab&nbsp;et ferme et humaine&nbsp;\u00bb<\/em> revendiqu\u00e9e par Macron. Sur le terrain s\u00e9curitaire, le gouvernement renforce les moyens policiers (10&nbsp;000 policiers et gendarmes recrut\u00e9s durant le quinquennat) et fait adopter la loi <strong>S\u00e9curit\u00e9 globale<\/strong> (2021) qui \u00e9largit les pr\u00e9rogatives des polices municipales et encadre l\u2019usage des drones de surveillance. Cependant, cette loi est vivement critiqu\u00e9e pour son article&nbsp;24 limitant la diffusion d\u2019images de policiers, per\u00e7u comme une atteinte \u00e0 la libert\u00e9 de la presse. Face \u00e0 la pol\u00e9mique et aux manifestations des d\u00e9fenseurs des libert\u00e9s, l\u2019article sera partiellement censur\u00e9 par le Conseil constitutionnel en mai 2021. De m\u00eame, la loi <strong>\u00ab&nbsp;s\u00e9paratisme&nbsp;\u00bb<\/strong> (2021), destin\u00e9e \u00e0 lutter contre l\u2019islamisme radical, impose de nouvelles obligations aux associations, renforce la neutralit\u00e9 du service public et encadre l\u2019instruction en famille. Si elle est globalement valid\u00e9e, son examen a vu la droite s\u00e9natoriale la durcir sur certains points (par exemple l\u2019interdiction \u00e9largie du voile dans l\u2019espace public). Les opposants d\u00e9noncent un texte stigmatisant les musulmans et restreignant les libert\u00e9s associatives, tandis que le gouvernement assume un n\u00e9cessaire <strong>r\u00e9armement r\u00e9publicain<\/strong> face au communautarisme et au terrorisme domestique.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la <strong>transition \u00e9cologique<\/strong> sous Macron connait des avanc\u00e9es mitig\u00e9es. D\u00e8s 2018, le nouveau pouvoir envoie un signal fort en tranchant l\u2019interminable dossier de l\u2019a\u00e9roport de Notre-Dame-des-Landes (pr\u00e8s de Nantes)&nbsp;: le projet est abandonn\u00e9, pr\u00e9servant ainsi les zones humides locales. Par ailleurs, conform\u00e9ment aux engagements de Hollande, la vieille centrale nucl\u00e9aire de Fessenheim est ferm\u00e9e en 2020. Cependant, la promesse de r\u00e9duire la part du nucl\u00e9aire de 75% \u00e0 50% de la production \u00e9lectrique d\u2019ici 2025 est report\u00e9e \u00e0 2035, tant l\u2019\u00e9ch\u00e9ance initiale \u00e9tait irr\u00e9aliste \u2013 un report critiqu\u00e9 par les \u00e9cologistes mais justifi\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 de garantir la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019approvisionnement. Macron renonce aussi \u00e0 interdire le glyphosate en 2021 faute d\u2019alternative cr\u00e9dible, avouant un <em>\u00ab&nbsp;\u00e9chec&nbsp;\u00bb<\/em> sur ce point. En 2020, apr\u00e8s la Convention citoyenne pour le climat (exercice de d\u00e9mocratie participative in\u00e9dit), une <strong>loi Climat et r\u00e9silience<\/strong> est vot\u00e9e en 2021. Ce texte fleuve touche aux transports (fin des vols int\u00e9rieurs courts lorsqu\u2019une alternative en train existe), au logement (r\u00e9novation thermique obligatoire progressive), \u00e0 l\u2019alimentation (menus v\u00e9g\u00e9tariens \u00e0 la cantine), etc.. Malgr\u00e9 ces mesures, les ONG environnementales jugent l\u2019ambition insuffisante pour atteindre la cible de \u201340% d\u2019\u00e9missions de CO\u2082 en 2030. Le gouvernement r\u00e9torque que l\u2019ensemble des actions (loi, plans d\u2019investissement verts, d\u00e9veloppement des renouvelables) permettra d\u2019y parvenir, soulignant que la France reste dans les clous de l\u2019Accord de Paris gr\u00e2ce \u00e0 sa faible intensit\u00e9 carbon\u00e9e (d\u00fb au nucl\u00e9aire).<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, de 2017 \u00e0 2022, Macron a engag\u00e9 de nombreuses r\u00e9formes structurelles dans presque tous les domaines&nbsp;: travail, fiscalit\u00e9, entreprises, ferroviaire, assurance-ch\u00f4mage, \u00e9ducation, sant\u00e9, d\u00e9fense (loi de programmation militaire avec hausse du budget), institutions (moralisation), soci\u00e9t\u00e9 (PMA), s\u00e9curit\u00e9 et la\u00efcit\u00e9. Le fil conducteur est une volont\u00e9 de <strong>moderniser et comp\u00e9titivit\u00e9<\/strong> la France (logique pro-business et d\u2019adaptation \u00e0 la mondialisation), tout en menant certaines \u00e9volutions soci\u00e9tales progressistes. Cette fr\u00e9n\u00e9sie r\u00e9formatrice a parfois attis\u00e9 des contestations, mais elle a \u00e9galement produit des r\u00e9sultats tangibles sur certains indicateurs macro\u00e9conomiques, tout en soulevant des questions sur l\u2019\u00e9quit\u00e9 de ces choix.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sultats macro\u00e9conomiques mesurables<\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une d\u00e9cennie 2007-2016 morose, <strong>la France a connu sous Macron une embellie relative sur le front de l\u2019emploi<\/strong>. Le taux de ch\u00f4mage, qui oscillait autour de 9-10% depuis des ann\u00e9es, a amorc\u00e9 une baisse continue \u00e0 partir de 2015 et surtout pendant le quinquennat Macron, pour atteindre <strong>7,1% fin 2022, son plus bas niveau depuis 1982<\/strong>. En incluant 2023, on reste autour de 7,4%, confirmant cette am\u00e9lioration durable. En volume, cela repr\u00e9sente environ <strong>2,8&nbsp;millions d\u2019emplois suppl\u00e9mentaires<\/strong> entre 2017 et 2025. Cette performance, ind\u00e9niablement positive, est \u00e0 nuancer&nbsp;: la baisse du ch\u00f4mage s\u2019inscrit dans une dynamique europ\u00e9enne favorable o\u00f9 presque tous les pays ont cr\u00e9\u00e9 massivement des emplois sur la p\u00e9riode (baisse du ch\u00f4mage \u00e9galement en Espagne, Italie, Allemagne\u2026). La France reste d\u2019ailleurs sur le podium des taux de ch\u00f4mage les plus \u00e9lev\u00e9s de l\u2019UE, derri\u00e8re l\u2019Espagne (~12%) et quasiment \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec l\u2019Italie (~8%). En outre, une partie des nouveaux emplois sont des contrats courts ou \u00e0 temps partiel, et le taux de ch\u00f4mage des jeunes demeure deux fois sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne. N\u00e9anmoins, le mouvement est r\u00e9el et le gouvernement cr\u00e9dite ses r\u00e9formes (assouplissement du droit du travail, incitations financi\u00e8res \u00e0 l\u2019embauche, formation) d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 cette d\u00e9crue du ch\u00f4mage, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme <em>le<\/em> barom\u00e8tre politique principal.<\/p>\n\n\n\n<p>En termes de <strong>pouvoir d\u2019achat<\/strong> des m\u00e9nages, le bilan macroscopique est contrast\u00e9 mais plut\u00f4t favorable par rapport aux quinquennats pr\u00e9c\u00e9dents. Selon l\u2019OFCE, le revenu disponible brut par unit\u00e9 de consommation (mesure standard du pouvoir d\u2019achat par personne) a augment\u00e9 en moyenne de <strong>+0,9% par an entre 2017 et d\u00e9but 2022<\/strong>, soit un gain d\u2019environ 300&nbsp;\u20ac par an et par personne. C\u2019est bien mieux que sous Nicolas Sarkozy (+0,2%\/an) ou Fran\u00e7ois Hollande (+0,1%\/an). Cette progression s\u2019explique par la baisse de certaines cotisations salariales en 2018 (hausse du net sur la fiche de paie), les r\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4ts (taxe d\u2019habitation supprim\u00e9e pour 80% des m\u00e9nages d\u00e8s 2020, puis pour tous en 2023), et les revalorisations cibl\u00e9es (prime d\u2019activit\u00e9 +100\u20ac, minimum vieillesse +100\u20ac, etc. apr\u00e8s la crise des Gilets jaunes). Par ailleurs, durant la pand\u00e9mie, les revenus ont \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9s par le ch\u00f4mage partiel financ\u00e9 par l\u2019\u00c9tat (<em>\u00ab&nbsp;quoi qu\u2019il en co\u00fbte&nbsp;\u00bb<\/em>). En cons\u00e9quence, m\u00eame le choc inflationniste de 2022-2023 a \u00e9t\u00e9 en partie amorti&nbsp;: l\u2019inflation a atteint 5,2% en&nbsp;2022, du jamais vu depuis 1985, mais les boucliers tarifaires sur l\u2019\u00e9nergie et les aides gouvernementales (ch\u00e8que \u00e9nergie, indemnit\u00e9 inflation de 100\u20ac) ont limit\u00e9 l\u2019\u00e9rosion du pouvoir d\u2019achat fran\u00e7ais comparativement \u00e0 ses voisins. D\u2019apr\u00e8s Eurostat, la France affichait l\u2019une des plus faibles inflations de la zone euro en 2022 (6% contre plus de 10% en moyenne en zone euro) gr\u00e2ce au plafonnement des prix du gaz et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, \u00e9vitant une h\u00e9morragie de pouvoir d\u2019achat comme en Allemagne ou Belgique. Le revers de la m\u00e9daille de cette protection&nbsp;: un co\u00fbt budg\u00e9taire \u00e9lev\u00e9 et un retard de prise de conscience de la n\u00e9cessaire sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la <strong>croissance \u00e9conomique<\/strong>, le bilan est mitig\u00e9. Sur l\u2019ensemble 2017-2022, la croissance moyenne du PIB fran\u00e7ais n\u2019a \u00e9t\u00e9 que de <strong>+1,1% par an<\/strong>, ce qui place la France au 5e rang des plus faibles croissances de l\u2019Union europ\u00e9enne sur la p\u00e9riode. Bien s\u00fbr, ce chiffre int\u00e8gre la r\u00e9cession historique de 2020 (\u20137,8% du PIB \u00e0 cause du Covid) suivie du rebond de +6,8% en 2021. Mais m\u00eame en neutralisant ces \u00e0-coups, la trajectoire reste modeste. En 2019, derni\u00e8re ann\u00e9e pr\u00e9-crise, la France ne faisait pas mieux que la moyenne europ\u00e9enne en termes de croissance, malgr\u00e9 un environnement mondial porteur. La d\u00e9cennie Macron appara\u00eet comme une p\u00e9riode de <strong>croissance atone<\/strong> compar\u00e9e aux Trente Glorieuses ou m\u00eame aux ann\u00e9es 1997-2007 (o\u00f9 la croissance fran\u00e7aise \u00e9tait plus dynamique dans la zone euro). Cons\u00e9quence de ces performances moyennes, la France a vu son rang reculer l\u00e9g\u00e8rement en richesse par habitant&nbsp;: elle n\u2019est plus que 28e mondiale en PIB par habitant en 2022. Le PIB par t\u00eate fran\u00e7ais stagne en relatif, et l\u2019\u00e9cart avec l\u2019Allemagne s\u2019est creus\u00e9 sur longue p\u00e9riode. Cependant, \u00e0 court terme, notons qu\u2019apr\u00e8s la crise du Covid la France a rebondi plus fort que l\u2019Allemagne \u2013 retrouvant d\u00e8s fin 2021 son niveau d\u2019activit\u00e9 de 2019, quand l\u2019Allemagne mettait un an de plus. En 2023, fait in\u00e9dit depuis des d\u00e9cennies, la croissance fran\u00e7aise (+1% pr\u00e9vu) d\u00e9passe celle de l\u2019Allemagne (\u20130,6% attendus). Cette inversion ponctuelle s\u2019explique par la crise \u00e9nerg\u00e9tique qui p\u00e9nalise l\u2019industrie allemande, tr\u00e8s d\u00e9pendante du gaz russe, tandis que la France b\u00e9n\u00e9ficie de son mix nucl\u00e9aire et du soutien \u00e0 la demande int\u00e9rieure. Sur ce point, le ministre Bruno Le&nbsp;Maire s\u2019est m\u00eame permis de fanfaronner que <em>\u00ab&nbsp;la France, c\u2019est l\u2019Allemagne en mieux&nbsp;\u00bb<\/em> \u2013 d\u00e9claration toutefois temp\u00e9r\u00e9e par la persistance de handicaps fran\u00e7ais (d\u00e9ficits, commerce ext\u00e9rieur d\u00e9ficitaire).<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, le <strong>commerce ext\u00e9rieur<\/strong> reste le talon d\u2019Achille \u00e9conomique de la France. Le pays enregistre chaque ann\u00e9e des d\u00e9ficits commerciaux depuis 2003, et ceux-ci se sont aggrav\u00e9s sous Macron. Le solde des \u00e9changes de biens a atteint un record abyssal de <strong>\u201384,7&nbsp;milliards \u20ac en 2021<\/strong> et environ \u2013164&nbsp;Mds \u20ac en 2022 (du fait de la flamb\u00e9e de la facture \u00e9nerg\u00e9tique, les importations de gaz et de p\u00e9trole ayant explos\u00e9). Si l\u2019on inclut les services (exc\u00e9dentaires gr\u00e2ce au tourisme et au luxe), le d\u00e9ficit courant 2022 redescend \u00e0 \u201353,5&nbsp;Mds \u20ac \u2013 un niveau toutefois in\u00e9dit qui illustre une perte de comp\u00e9titivit\u00e9 pr\u00e9occupante. La France exporte trop peu (seulement 30% de son PIB, contre 50% pour l\u2019Allemagne) et a vu sa part de march\u00e9 mondial d\u00e9cliner. Les efforts de r\u00e9industrialisation depuis 2017 visent \u00e0 corriger cela sur le long terme, et des signaux positifs apparaissent (investissements \u00e9trangers en hausse, fili\u00e8re batteries, usines de semi-conducteurs annonc\u00e9es). Selon l\u2019\u00e9conomiste Xavier Ragot, <em>\u00ab&nbsp;la part de l\u2019industrie se stabilise, cela va de moins en moins mal&nbsp;\u00bb<\/em>, mais reconstruire un v\u00e9ritable tissu exportateur sera un marathon. De fait, la <strong>France manque de moyennes entreprises exportatrices<\/strong> (de type Mittelstand allemand)&nbsp;: on compte 2,5 fois moins d\u2019ETI en France qu\u2019en Allemagne, cons\u00e9quence de d\u00e9cennies de d\u00e9crochage industriel. Le quinquennat Macron a stopp\u00e9 l\u2019aggravation de cette situation, sans encore l\u2019inverser.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>solde budg\u00e9taire et la dette publique<\/strong> constituent un autre point rouge du bilan macro\u00e9conomique. Avant m\u00eame la crise du Covid, la France n\u2019\u00e9tait pas parvenue \u00e0 assainir durablement ses finances publiques malgr\u00e9 la croissance de 2017-2019. Le d\u00e9ficit, repass\u00e9 juste sous les 3% en 2017 (\u20132,6% du PIB), s\u2019est creus\u00e9 \u00e0 \u20133,1% en 2019 du fait de d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires en r\u00e9ponse aux Gilets jaunes (hausse de la prime d\u2019activit\u00e9, baisse d\u2019imp\u00f4ts). La France abordait donc la pand\u00e9mie <strong>sans marge budg\u00e9taire<\/strong>, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019Allemagne ou les Pays-Bas d\u00e9gageaient des exc\u00e9dents. Puis le <strong>choc du Covid<\/strong> a fait exploser le d\u00e9ficit \u00e0 \u20139% du PIB en 2020, Macron ayant adopt\u00e9 un <em>\u00ab&nbsp;quoi qu\u2019il en co\u00fbte&nbsp;\u00bb<\/em> assum\u00e9 pour soutenir l\u2019\u00e9conomie (prise en charge massive du ch\u00f4mage partiel, aides aux entreprises, etc.). En 2021, le rebond de l\u2019activit\u00e9 r\u00e9duit un peu le gouffre, mais le d\u00e9ficit reste \u00e0 \u20136,4%, plus du double du niveau d\u2019avant-crise. Malgr\u00e9 une forte reprise du PIB en 2022 (+2,5%), le d\u00e9ficit annuel s\u2019\u00e9tablit encore \u00e0 <strong>\u20134,7% du PIB<\/strong>. Autrement dit, la France n\u2019a pas su profiter pleinement de la reprise pour revenir dans les clous europ\u00e9ens, \u00e0 la diff\u00e9rence de nombreux voisins. L\u2019Espagne, par exemple, a r\u00e9duit son d\u00e9ficit de 3 points entre 2020 et 2022, et l\u2019Italie a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 suffisamment de recettes pour faire baisser sa dette d\u00e8s 2021. En France, au contraire, les d\u00e9penses publiques sont rest\u00e9es tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es (57-58% du PIB en 2020-2022) et continuent d\u2019augmenter en volume plus vite que la croissance, traduisant une difficult\u00e9 chronique \u00e0 r\u00e9duire la voilure. La Cour des comptes a tir\u00e9 le signal d\u2019alarme&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Avec un d\u00e9ficit public de 6,4 points de PIB en 2021, soit plus du double de celui de 2017, et une dette publique sup\u00e9rieure \u00e0 110% du PIB, la France sort de la crise sanitaire avec une situation parmi les plus d\u00e9grad\u00e9es de la zone euro&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la <strong>dette publique<\/strong> fran\u00e7aise est pass\u00e9e d\u2019environ <strong>97% du PIB en 2017 \u00e0 111,6% fin 2022<\/strong> \u2013 un niveau in\u00e9dit en temps de paix. En valeur absolue, cela repr\u00e9sente pr\u00e8s de <strong>3&nbsp;000 milliards d\u2019euros<\/strong> de dette fin 2022. La France est ainsi, avec la Gr\u00e8ce et l\u2019Italie, l\u2019un des pays les plus endett\u00e9s de l\u2019UE. Surtout, elle fait figure de <strong>mauvais \u00e9l\u00e8ve dans l\u2019apr\u00e8s-Covid<\/strong>&nbsp;: alors que des pays comme l\u2019Allemagne, les Pays-Bas, l\u2019Espagne ou le Portugal ont entam\u00e9 d\u00e8s 2021-2022 la r\u00e9duction de leur endettement (profitant de la reprise \u00e9conomique pour d\u00e9gager des exc\u00e9dents primaires), la France a continu\u00e9 d\u2019accumuler de la dette. Le cap des <strong>120% du PIB<\/strong> devrait \u00eatre franchi en 2025, ce qui constitue <em>\u00ab&nbsp;la pire d\u00e9cennie d\u2019endettement de notre histoire r\u00e9cente&nbsp;\u00bb<\/em> selon un observatoire \u00e9conomique. Cette trajectoire pose la question de la soutenabilit\u00e9 \u00e0 moyen terme, d\u2019autant que la remont\u00e9e des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat depuis 2022 alourdit la charge de la dette (plus de 50&nbsp;Mds \u20ac d\u2019int\u00e9r\u00eats en 2023, premier poste budg\u00e9taire de l\u2019\u00c9tat). Les agences de notation ont d\u2019ailleurs sanctionn\u00e9 ce manque de rigueur budg\u00e9taire coupl\u00e9 aux tensions sociales&nbsp;: en avril 2023, Fitch a abaiss\u00e9 la note souveraine de la France, pointant <em>\u00ab&nbsp;l\u2019impasse politique et les mouvements sociaux (parfois violents)&nbsp;\u00bb<\/em> qui compliquent tout redressement des finances publiques.<\/p>\n\n\n\n<p>En synth\u00e8se, le bilan macro\u00e9conomique du double quinquennat Macron est fait de <strong>succ\u00e8s relatifs sur l\u2019emploi et le pouvoir d\u2019achat moyen<\/strong>, mais aussi de <strong>fragilit\u00e9s accrues sur la dette et le commerce ext\u00e9rieur<\/strong>. Le ch\u00f4mage au plus bas depuis 40 ans et la r\u00e9silience du revenu des Fran\u00e7ais contrastent avec une croissance molle et des comptes publics d\u00e9t\u00e9rior\u00e9s. Quant \u00e0 la <strong>productivit\u00e9<\/strong> du travail, indicateur cl\u00e9 de la prosp\u00e9rit\u00e9 future, elle inqui\u00e8te&nbsp;: la France a connu une baisse de productivit\u00e9 horaire d\u2019environ 1% sur la d\u00e9cennie 2017-2027, ph\u00e9nom\u00e8ne rarissime hors crise majeure. Cela sugg\u00e8re que l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019emploi s\u2019est faite au prix d\u2019emplois peu productifs, et que le potentiel de croissance du pays demeure faible (aux alentours de 1% par an). Ce <em>d\u00e9crochage productif<\/em> nourrit le d\u00e9bat sur l\u2019efficacit\u00e9 r\u00e9elle des r\u00e9formes structurelles engag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Crises travers\u00e9es et gestion des chocs (COVID, Ukraine, inflation)<\/h2>\n\n\n\n<p>Les deux mandats de Macron ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par des <strong>crises majeures impr\u00e9vues<\/strong>, qui ont fortement impact\u00e9 l\u2019action du gouvernement et les r\u00e9sultats \u00e9conomiques. La plus spectaculaire fut la pand\u00e9mie de <strong>Covid-19<\/strong> en 2020-2021. Ce choc sanitaire mondial a entra\u00een\u00e9 en France une crise \u00e9conomique sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis la Seconde Guerre mondiale&nbsp;: un recul du PIB de \u20137,8% en 2020, des secteurs entiers \u00e0 l\u2019arr\u00eat (tourisme, restauration, culture) durant les confinements, et in fine pr\u00e8s de 160&nbsp;000 morts du virus \u00e0 ce jour. Face \u00e0 cette urgence, Macron a adopt\u00e9 la doctrine du <em>\u00ab&nbsp;quoi qu\u2019il en co\u00fbte&nbsp;\u00bb<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire <strong>un soutien budg\u00e9taire massif et inconditionnel<\/strong> pour \u00e9viter l\u2019effondrement du tissu \u00e9conomique. Concr\u00e8tement, l\u2019\u00c9tat a pris en charge le ch\u00f4mage partiel de 9&nbsp;millions de salari\u00e9s durant les confinements, octroy\u00e9 des pr\u00eats garantis et des subventions aux entreprises en difficult\u00e9, report\u00e9 des charges, etc. Au plus fort de la crise, <strong>57% des salari\u00e9s du priv\u00e9 \u00e9taient pay\u00e9s par l\u2019\u00c9tat via le ch\u00f4mage partiel<\/strong> \u2013 une socialisation temporaire des revenus qui a permis de limiter la casse sociale. Ces mesures ont un co\u00fbt abyssal (plus de 200&nbsp;Mds\u20ac de d\u00e9penses et pertes de recettes li\u00e9es \u00e0 la pand\u00e9mie), creusant le d\u00e9ficit 2020 \u00e0 \u20139% du PIB. Mais elles ont r\u00e9ussi \u00e0 pr\u00e9server l\u2019essentiel&nbsp;: le taux de ch\u00f4mage n\u2019a pas explos\u00e9 en 2020 (il a m\u00eame <em>baiss\u00e9<\/em> artificiellement durant le confinement, de nombreuses personnes cessant de chercher un emploi), et le tissu productif a red\u00e9marr\u00e9 rapidement d\u00e8s la lev\u00e9e des restrictions.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan sanitaire, la gestion Macron a connu des t\u00e2tonnements (p\u00e9nurie initiale de masques, communication parfois brouillonne) mais a fini par se structurer autour d\u2019un conseil scientifique et d\u2019une strat\u00e9gie vaccinale efficace \u00e0 partir de 2021. La France, apr\u00e8s un d\u00e9marrage lent de la vaccination, fait finalement partie des pays tr\u00e8s bien vaccin\u00e9s (80% des adultes doubl\u00e9ment vaccin\u00e9s mi-2022). Macron a fait le choix d\u2019<strong>assumer des mesures restrictives de libert\u00e9<\/strong> pour endiguer l\u2019\u00e9pid\u00e9mie&nbsp;: couvre-feux, confinements successifs (printemps 2020, automne 2020, printemps 2021) et instauration fin 2021 d\u2019un <strong>passe sanitaire<\/strong> puis vaccinal conditionnant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 de nombreux lieux. Ces contraintes, in\u00e9dites en d\u00e9mocratie moderne, ont suscit\u00e9 des oppositions (manifestations anti-pass, mouvement des <em>\u00ab&nbsp;anti-vax&nbsp;\u00bb<\/em>), mais une majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais les a accept\u00e9es comme le prix \u00e0 payer pour rouvrir le pays. En d\u00e9finitive, la France affiche un bilan \u00e9conomique post-Covid relativement moins pire que pr\u00e9vu&nbsp;: le plan de relance de 100&nbsp;Mds\u20ac lanc\u00e9 fin 2020 a contribu\u00e9 \u00e0 un fort rebond de +6,8% du PIB en 2021, et l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise a retrouv\u00e9 son niveau d\u2019avant-crise d\u00e8s fin 2021. La <strong>gestion de la crise sanitaire<\/strong> par Macron \u2013 \u00e0 savoir un soutien financier massif et une recherche de l\u2019\u00e9quilibre entre contraintes sanitaires et reprise de la vie normale \u2013 est globalement salu\u00e9e par les institutions internationales. Elle a cependant laiss\u00e9 des s\u00e9quelles&nbsp;: une dette alourdie, des \u00e9l\u00e8ves ayant accumul\u00e9 du retard scolaire, un syst\u00e8me hospitalier \u00e9puis\u00e9 malgr\u00e9 les revalorisations du S\u00e9gur, et un d\u00e9bat persistant sur les libert\u00e9s publiques en temps d\u2019urgence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine la pand\u00e9mie jugul\u00e9e, <strong>la guerre en Ukraine<\/strong> \u00e9clate en f\u00e9vrier 2022, constituant un nouveau d\u00e9fi pour la France et l\u2019Europe. L\u2019invasion russe provoque un choc g\u00e9opolitique et \u00e9conomique majeur&nbsp;: flamb\u00e9e des cours de l\u2019\u00e9nergie et des mati\u00e8res premi\u00e8res, retour de l\u2019inflation, crise des r\u00e9fugi\u00e9s (plus de 100&nbsp;000 Ukrainiens accueillis en France en 2022) et remise en question de l\u2019architecture de s\u00e9curit\u00e9 du continent. Emmanuel Macron, qui pr\u00e9side l\u2019Union europ\u00e9enne au premier semestre 2022, s\u2019implique en premi\u00e8re ligne. Diplomatiquement, il tente avant la guerre puis d\u00e8s les premiers jours du conflit de <strong>dialoguer avec Vladimir Poutine<\/strong>, multipliant les appels pour obtenir un cessez-le-feu \u2013 une d\u00e9marche critiqu\u00e9e par certains alli\u00e9s mais assum\u00e9e au nom de la <em>\u00ab&nbsp;tradition gaullienne&nbsp;\u00bb<\/em> d\u2019ind\u00e9pendance de la France. Parall\u00e8lement, Paris s\u2019aligne sur la <strong>solidarit\u00e9 occidentale<\/strong>&nbsp;: votes des sanctions \u00e9conomiques massives contre la Russie, et livraisons d\u2019armes \u00e0 l\u2019Ukraine (canons Caesar, v\u00e9hicules blind\u00e9s, syst\u00e8mes de d\u00e9fense a\u00e9rienne). Sur le plan militaire, la guerre pousse Macron \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le renforcement de la d\u00e9fense fran\u00e7aise et europ\u00e9enne&nbsp;: il annonce d\u00e8s 2022 une hausse suppl\u00e9mentaire du budget de la d\u00e9fense (port\u00e9 \u00e0 2% du PIB d\u00e8s 2025, avec une nouvelle Loi de programmation militaire 2024-2030 de 413&nbsp;Mds\u20ac) et soutient la mont\u00e9e en puissance d\u2019une capacit\u00e9 militaire de l\u2019UE (fonds europ\u00e9en pour armer l\u2019Ukraine, projet de bouclier anti-missiles europ\u00e9en, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019impact le plus concret de la guerre pour le commun des Fran\u00e7ais est bien s\u00fbr la <strong>crise \u00e9nerg\u00e9tique et inflationniste de 2022-2023<\/strong>. La France, moins d\u00e9pendante du gaz russe que l\u2019Allemagne, n\u2019en subit pas moins une envol\u00e9e des prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 (index\u00e9s sur le gaz au niveau europ\u00e9en) et des carburants. D\u00e8s l\u2019automne 2021 \u2013 avant m\u00eame la guerre \u2013 les prix du gaz avaient augment\u00e9, poussant le gouvernement \u00e0 mettre en place un <strong>bouclier tarifaire<\/strong> sur l\u2019\u00e9nergie. Ce bouclier est renforc\u00e9 en 2022&nbsp;: gel du tarif du gaz \u00e0 son niveau d\u2019octobre 2021, plafonnement \u00e0 +4% puis +15% des tarifs d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en 2022-2023, remise \u00e0 la pompe sur les carburants (jusqu\u2019\u00e0 18 centimes par litre \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2022). Ces mesures co\u00fbteuses (plus de 20&nbsp;Mds\u20ac pour le bouclier \u00e9lectricit\u00e9-gaz) ont <strong>prot\u00e9g\u00e9 les m\u00e9nages fran\u00e7ais<\/strong> de la flamb\u00e9e qu\u2019ont connue d\u2019autres pays&nbsp;: en 2022 l\u2019inflation en France (5,2%) fut la plus faible de la zone euro. En contrepartie, l\u2019\u00c9tat a d\u00fb indemniser EDF pour compenser les ventes d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 perte, et les finances publiques ont absorb\u00e9 la majeure partie du choc inflationniste. Malgr\u00e9 tout, l\u2019inflation import\u00e9e a entam\u00e9 le pouvoir d\u2019achat&nbsp;: en 2022, les salaires r\u00e9els moyens ont l\u00e9g\u00e8rement baiss\u00e9, ce qui a conduit le gouvernement \u00e0 prendre des <strong>mesures d\u2019urgence pouvoir d\u2019achat<\/strong> (loi \u00e9t\u00e9 2022)&nbsp;: revalorisation anticip\u00e9e des pensions et minima sociaux (+4%), hausse du point d\u2019indice des fonctionnaires (+3,5%), triplement de la prime Macron d\u00e9fiscalis\u00e9e, ch\u00e8que inflation de 100-150\u20ac pour les m\u00e9nages modestes, etc. Sans ces interventions, la grogne sociale face \u00e0 la vie ch\u00e8re aurait pu \u00eatre bien plus forte.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons que la crise ukrainienne a \u00e9galement mis en exergue la <strong>fragilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique<\/strong> fran\u00e7aise elle-m\u00eame&nbsp;: ironiquement, en 2022, la France a d\u00fb importer de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, car une grande partie de son parc nucl\u00e9aire \u00e9tait \u00e0 l\u2019arr\u00eat pour maintenance et probl\u00e8mes de corrosion. Cette situation a forc\u00e9 Macron \u00e0 un virage pronucl\u00e9aire apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019h\u00e9sitation&nbsp;: en f\u00e9vrier 2022, il annonce la construction de 6 nouveaux r\u00e9acteurs EPR et la prolongation des centrales existantes au-del\u00e0 de 50 ans. Par ailleurs, la France a diversifi\u00e9 ses approvisionnements en gaz (accords avec la Norv\u00e8ge, l\u2019Alg\u00e9rie, achat de GNL am\u00e9ricain) et rempli \u00e0 100% ses stocks avant l\u2019hiver 2022-23. Au final, le pays a travers\u00e9 l\u2019hiver sans p\u00e9nurie ni black-out, gr\u00e2ce \u00e0 une m\u00e9t\u00e9o cl\u00e9mente, aux efforts de sobri\u00e9t\u00e9 demand\u00e9s aux citoyens (<em>\u00ab&nbsp;chaque geste compte&nbsp;\u00bb<\/em>, thermostats abaiss\u00e9s) et \u00e0 la coordination europ\u00e9enne (solidarit\u00e9 \u00e9lectrique avec l\u2019Allemagne, qui en \u00e9change a fourni du gaz). Cette crise a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la prise de conscience de l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique et de transition verte \u2013 ce qui pourrait \u00eatre un mal pour un bien sur le long terme.<\/p>\n\n\n\n<p>En dehors du Covid et de l\u2019Ukraine, Macron a d\u00fb g\u00e9rer d\u2019autres crises ponctuelles. Citons la crise diplomatique avec l\u2019<strong>Australie<\/strong> en 2021 apr\u00e8s l\u2019affaire des sous-marins (contrat annul\u00e9 au profit des Am\u00e9ricains, provoquant une brouille transatlantique rapidement apais\u00e9e)&nbsp;; la crise politique au <strong>Liban<\/strong> (o\u00f9 Macron s\u2019est investi personnellement apr\u00e8s l\u2019explosion de Beyrouth en 2020, sans succ\u00e8s concret durable)&nbsp;; ou encore les crises int\u00e9rieures comme l\u2019affaire Benalla en 2018 (scandale politique autour d\u2019un collaborateur de l\u2019\u00c9lys\u00e9e) qui a \u00e9branl\u00e9 temporairement la pr\u00e9sidence. Chaque fois, Macron a essay\u00e9 de maintenir son cap r\u00e9formiste malgr\u00e9 les turbulences, mais ces crises ont parfois frein\u00e9 ou retard\u00e9 des chantiers. Par exemple, la grande <strong>r\u00e9forme des retraites<\/strong> \u00e0 points pr\u00e9vue en 2020 a \u00e9t\u00e9 suspendue puis abandonn\u00e9e en raison du Covid \u2013 ce n\u2019est qu\u2019en 2023 qu\u2019une r\u00e9forme des retraites, diff\u00e9rente et moins ambitieuse, a pu aboutir (voir plus loin).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Tensions sociales et polarisation de la soci\u00e9t\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les succ\u00e8s \u00e9lectoraux de Macron (r\u00e9\u00e9lection en 2022) et certaines am\u00e9liorations \u00e9conomiques, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise a connu sous ses deux mandats des <strong>tensions sociales aigu\u00ebs<\/strong>, t\u00e9moignant d\u2019une polarisation grandissante. Le quinquennat a en effet \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par des mouvements de contestation d\u2019ampleur exceptionnelle, parfois violents, traduisant le malaise d\u2019une partie de la population face aux r\u00e9formes per\u00e7ues comme injustes ou \u00e0 une gouvernance jug\u00e9e verticale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier s\u00e9isme social est survenu \u00e0 l\u2019automne 2018 avec le mouvement des <strong>Gilets jaunes<\/strong>. Parti d\u2019une p\u00e9tition en ligne contre la hausse de la taxe carbone sur les carburants, le mouvement se transforme en une fronde g\u00e9n\u00e9rale des classes populaires et moyennes rurales\/p\u00e9riurbaines contre la baisse du pouvoir d\u2019achat, les taxes jug\u00e9es excessives et le m\u00e9pris attribu\u00e9 aux \u00e9lites parisiennes. Sans structure ni leader, en dehors des syndicats et partis, les Gilets jaunes occupent les ronds-points et manifestent chaque samedi d\u00e8s novembre 2018. Le pr\u00e9sident Macron, cibl\u00e9 personnellement par les slogans (<em>\u00ab&nbsp;Macron d\u00e9mission&nbsp;\u00bb<\/em>), incarne pour eux le <em>\u00ab&nbsp;pr\u00e9sident des riches&nbsp;\u00bb<\/em> d\u00e9connect\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s du <strong>commun des Fran\u00e7ais<\/strong>. La contestation atteint son paroxysme avec les sc\u00e8nes d\u2019\u00e9meutes \u00e0 Paris (manifestations du 1er d\u00e9cembre 2018 sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent en saccage de l\u2019Arc de Triomphe, images choquantes pour le pays). Sous la pression, le gouvernement renonce imm\u00e9diatement \u00e0 la hausse de la taxe carbone pr\u00e9vue en 2019 (point de d\u00e9part de la crise) et annonce en d\u00e9cembre 2018 un <strong>paquet d\u2019urgence de 10&nbsp;milliards \u20ac<\/strong> pour le pouvoir d\u2019achat&nbsp;: augmentation de la prime d\u2019activit\u00e9 pour les travailleurs modestes (+100&nbsp;\u20ac), d\u00e9fiscalisation des heures suppl\u00e9mentaires, prime exceptionnelle d\u00e9fiscalis\u00e9e de 1&nbsp;000&nbsp;\u20ac possible pour les employ\u00e9s (prime \u00ab&nbsp;Macron&nbsp;\u00bb), et annulation de la hausse de CSG pour les petites retraites. Ces concessions apaisent partiellement la col\u00e8re. Par ailleurs, Macron lance en janvier 2019 un <strong>Grand d\u00e9bat national<\/strong>, vaste consultation citoyenne dans toute la France (r\u00e9unions locales, cahiers de dol\u00e9ances, plateforme en ligne) pour permettre aux Fran\u00e7ais d\u2019exprimer leurs attentes en mati\u00e8re de fiscalit\u00e9, d\u2019organisation de l\u2019\u00c9tat, de transition \u00e9cologique, etc. Cette initiative in\u00e9dite aboutira \u00e0 certaines mesures (baisse de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu de 5&nbsp;Mds\u20ac, r\u00e9forme de la haute fonction publique avec suppression de l\u2019ENA, d\u00e9concentration de services publics&#8230;), mais elle a aussi ses limites&nbsp;: nombre de Gilets jaunes la boudent, y voyant une man\u0153uvre dilatoire. N\u00e9anmoins, l\u2019intensit\u00e9 du mouvement faiblit nettement courant 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Gilets jaunes ont laiss\u00e9 des traces&nbsp;: d\u2019une part, ils ont renforc\u00e9 la prise en compte du <strong>pouvoir d\u2019achat<\/strong> comme pr\u00e9occupation centrale des politiques publiques (ainsi, en 2021-2022, face \u00e0 l\u2019inflation, le gouvernement s\u2019est montr\u00e9 tr\u00e8s actif pour compenser la hausse des prix, conscient du risque d\u2019une rechute contestataire). D\u2019autre part, ils ont accentu\u00e9 la polarisation politique&nbsp;: beaucoup de Fran\u00e7ais modestes se sont d\u00e9tourn\u00e9s du macronisme pour se r\u00e9fugier dans l\u2019abstention ou voter aux extr\u00eames (Marine Le Pen a obtenu 41,5% au second tour de 2022, un record pour l\u2019extr\u00eame droite). Le sentiment d\u2019une fracture entre <em>\u00ab&nbsp;France d\u2019en bas&nbsp;\u00bb<\/em> et <em>\u00ab&nbsp;\u00e9lites&nbsp;\u00bb<\/em> s\u2019est exacerb\u00e9, aliment\u00e9 par des phrases jug\u00e9es m\u00e9prisantes du pr\u00e9sident (le fameux \u00ab&nbsp;qu\u2019ils viennent me chercher&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;traverser la rue pour trouver un boulot&nbsp;\u00bb, retenus n\u00e9gativement). \u00c0 l\u2019international, ces \u00e9v\u00e9nements ont marqu\u00e9&nbsp;: on a vu des violences inhabituellement dures de part et d\u2019autre \u2013 manifestants mutil\u00e9s par des LBD, policiers \u00e9puis\u00e9s \u2013 ce qui a entach\u00e9 l\u2019image de Macron qui se voulait unificateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre foyer de contestation majeur a \u00e9t\u00e9 la <strong>r\u00e9forme des retraites<\/strong>. Annonc\u00e9e d\u00e8s 2017 comme <em>la<\/em> grande r\u00e9forme sociale du quinquennat, Macron ambitionnait initialement de cr\u00e9er un syst\u00e8me universel par points, fusionnant les 42 r\u00e9gimes existants et instaurant la m\u00eame r\u00e8gle pour tous. Ce projet complexe a suscit\u00e9 une vive opposition des syndicats et de certaines professions (RATP, SNCF, avocats\u2026) qui craignaient pour leurs acquis. Fin 2019, de grandes gr\u00e8ves notamment dans les transports paralyseront le pays pendant plus d\u2019un mois. Le gouvernement fait quelques concessions (maintien des \u00ab&nbsp;droits acquis&nbsp;\u00bb pour la g\u00e9n\u00e9ration proche de la retraite, temporisation sur l\u2019\u00e2ge pivot), puis choisit d\u00e9but 2020 de recourir \u00e0 l\u2019article 49.3 pour faire passer le texte en premi\u00e8re lecture sans vote, face \u00e0 l\u2019obstruction parlementaire. Mais la pand\u00e9mie de Covid, en mars&nbsp;2020, interrompt net le processus&nbsp;: la r\u00e9forme est suspendue sine die et finalement enterr\u00e9e au profit de la gestion de crise sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9\u00e9lu en 2022, Macron revient toutefois sur le sujet des retraites, avec un projet cette fois plus <em>\u00ab&nbsp;param\u00e9trique&nbsp;\u00bb<\/em> (classique)&nbsp;: il ne s\u2019agit plus de refonte totale, mais principalement de reculer l\u2019<strong>\u00e2ge l\u00e9gal de d\u00e9part de 62 \u00e0 64 ans<\/strong> d\u2019ici 2030 et d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019allongement de la dur\u00e9e de cotisation (43 ans d\u00e8s 2027). Le gouvernement \u00c9lisabeth Borne pr\u00e9sente cette r\u00e9forme fin 2022 comme indispensable pour \u00e9quilibrer le syst\u00e8me face au vieillissement. L\u2019ensemble des syndicats se coalisent contre le report de l\u2019\u00e2ge, lan\u00e7ant en 2023 de <strong>puissantes manifestations et gr\u00e8ves<\/strong>. Entre janvier et mars 2023, huit journ\u00e9es d\u2019action rassemblent \u00e0 chaque fois 1 \u00e0 2&nbsp;millions de personnes dans la rue, du jamais vu depuis 2010. L\u2019opinion publique, dans sa majorit\u00e9, d\u00e9sapprouve la r\u00e9forme (environ 70% des Fran\u00e7ais y sont oppos\u00e9s d\u2019apr\u00e8s les sondages) et soutient les gr\u00e8ves, car beaucoup estiment la mesure injuste pour ceux qui ont commenc\u00e9 \u00e0 travailler jeunes ou exercent des m\u00e9tiers p\u00e9nibles. Le conflit culmine mi-mars 2023 lorsque le gouvernement, redoutant de ne pas avoir une majorit\u00e9 absolue \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, d\u00e9cide <strong>d\u2019utiliser l\u2019article&nbsp;49.3<\/strong> de la Constitution pour faire adopter la r\u00e9forme sans vote final. Ce passage en force institutionnel, bien que l\u00e9gal, agit comme un d\u00e9tonateur&nbsp;: des col\u00e8res sporadiques \u00e9clatent dans plusieurs villes (manifestations sauvages, poubelles br\u00fbl\u00e9es dans les rues de Paris en pleine gr\u00e8ve des \u00e9boueurs\u2026). Le 20 mars, une motion de censure transpartisane \u00e9choue de justesse \u00e0 renverser le gouvernement (il manquait 9 voix), ce qui aurait annul\u00e9 la loi. Finalement, la r\u00e9forme est promulgu\u00e9e et entre en vigueur en septembre 2023, mais le climat politique s\u2019est lourdement d\u00e9grad\u00e9. L\u2019usage r\u00e9p\u00e9t\u00e9 du <strong>49.3<\/strong> \u2013&nbsp;Mme Borne l\u2019a utilis\u00e9 **11 fois en moins d\u2019un an (2022-2023), dont pour la loi retraites&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013 est d\u00e9nonc\u00e9 par l\u2019opposition comme un d\u00e9ni de d\u00e9mocratie. Pour la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, c\u2019est au contraire le moyen d\u2019assumer des d\u00e9cisions impopulaires mais jug\u00e9es n\u00e9cessaires. Le bras de fer a laiss\u00e9 des traces&nbsp;: image autoritaire du pouvoir, unit\u00e9 syndicale renforc\u00e9e (fait rare, les 8 centrales ont march\u00e9 ensemble), et un ressentiment persistant dans une partie de la population qui se sent <em>\u00ab&nbsp;non \u00e9cout\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces mouvements sociaux sur le pouvoir d\u2019achat et les retraites ne sont pas les seuls. On peut \u00e9galement \u00e9voquer les <strong>manifestations contre la loi s\u00e9curit\u00e9 globale<\/strong> fin 2020 (collectifs de journalistes, de d\u00e9fense des droits humains s\u2019opposant \u00e0 l\u2019article p\u00e9nalisant la diffusion d\u2019images de policiers), ou celles contre la loi \u00ab&nbsp;s\u00e9paratisme&nbsp;\u00bb accus\u00e9e de stigmatiser les musulmans. Si ces derni\u00e8res ont eu moins d\u2019ampleur, elles s\u2019inscrivent dans un climat de <strong>vigilance sur les libert\u00e9s publiques<\/strong> sous Macron. Les critiques parlent de lois <em>\u00ab&nbsp;liberticides&nbsp;\u00bb<\/em>, visant notamment la concentration des pouvoirs \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, l\u2019usage du 49.3, et certaines dispositions s\u00e9curitaires (par exemple, l\u2019int\u00e9gration de mesures de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence antiterroriste dans le droit commun en 2017, la surveillance num\u00e9rique accrue, les restrictions de manifestation pendant la crise sanitaire). Macron rejette ces proc\u00e8s en autoritarisme, rappelant qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu et r\u00e9\u00e9lu d\u00e9mocratiquement et qu\u2019il respecte l\u2019\u00c9tat de droit (le Conseil constitutionnel a jou\u00e9 son r\u00f4le de garde-fou sur plusieurs textes). Il n\u2019emp\u00eache que l\u2019indice de <strong>confiance dans les institutions<\/strong> est tr\u00e8s bas en France&nbsp;: dans les enqu\u00eates, seulement ~30% des Fran\u00e7ais disent faire confiance au Pr\u00e9sident et au Parlement. Une large part exprime de la m\u00e9fiance ou du d\u00e9go\u00fbt envers le <em>\u00ab&nbsp;syst\u00e8me&nbsp;\u00bb<\/em>, ce qui se traduit par une abstention record (54% aux l\u00e9gislatives 2022) et la progression des votes protestataires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le paysage politique post-2022 est lui-m\u00eame polaris\u00e9. Sans majorit\u00e9 absolue \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale (le camp macroniste n\u2019a que 250 si\u00e8ges sur 577), Macron doit composer avec une <strong>opposition bic\u00e9phale forte<\/strong>&nbsp;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019alliance de gauche NUPES (~150 si\u00e8ges) emmen\u00e9e par Jean-Luc M\u00e9lenchon, tr\u00e8s combative voire v\u00e9h\u00e9mente dans l\u2019h\u00e9micycle, de l\u2019autre le Rassemblement national de Marine Le Pen (88 si\u00e8ges), d\u00e9diabolis\u00e9 et soucieux d\u2019appara\u00eetre constructif mais fermement oppos\u00e9 aux r\u00e9formes lib\u00e9rales. Le Parlement est le th\u00e9\u00e2tre de joutes rudes, d\u2019obstruction parfois (40&nbsp;000 amendements d\u00e9pos\u00e9s sur la r\u00e9forme des retraites), et le gouvernement peine \u00e0 b\u00e2tir des compromis. Cette <strong>majorit\u00e9 relative<\/strong> in\u00e9dite sous la Ve R\u00e9publique (hors cohabitation) a conduit \u00e0 une <strong>utilisation record de l\u2019article 49.3<\/strong> par \u00c9lisabeth Borne&nbsp;: <strong>23 fois entre mai 2022 et fin 2023<\/strong> pour faire adopter les lois budg\u00e9taires et quelques textes cl\u00e9s sans vote (la Constitution permet une fois par session sur un texte hors budget). Cela a \u00e9vit\u00e9 le blocage institutionnel, mais au prix d\u2019une tension d\u00e9mocratique et d\u2019une rh\u00e9torique virulente de l\u2019opposition d\u00e9non\u00e7ant un \u00ab&nbsp;passage en force permanent&nbsp;\u00bb. Chaque 49.3 a entra\u00een\u00e9 une motion de censure (aucune n\u2019a atteint la majorit\u00e9 jusqu\u2019ici), dans une sorte de rituel usant la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la Premi\u00e8re ministre et renfor\u00e7ant l\u2019image d\u2019un pouvoir minoritaire imposant sa volont\u00e9 faute de consensus.<\/p>\n\n\n\n<p>En dehors des conflits socio-\u00e9conomiques, la France a aussi connu des acc\u00e8s de tension sur des enjeux r\u00e9galiens. La <strong>s\u00e9curit\u00e9 publique<\/strong> s\u2019est invit\u00e9e dans le d\u00e9bat suite \u00e0 des faits divers marquants (assassinats terroristes en 2020 dont celui du professeur Samuel Paty, \u00e9meutes urbaines en juin 2023 apr\u00e8s la mort d\u2019un jeune Nahel tu\u00e9 par la police lors d\u2019un refus d\u2019obtemp\u00e9rer). Ces derniers \u00e9v\u00e8nements, survenus en 2023, rappellent les \u00e9meutes de 2005&nbsp;: plusieurs nuits de violences dans les banlieues, pillages, attaques de commissariats, etc. Macron a alors fustig\u00e9 un probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9 profond et annonc\u00e9 des mesures pour am\u00e9liorer la relation police-population (formation, contr\u00f4les), tout en condamnant fermement les \u00e9meutiers. Ces crises de s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure alimentent la rh\u00e9torique de l\u2019extr\u00eame droite sur le laxisme migratoire et p\u00e9nal. Macron a durci son discours par moments (parlant d\u2019<strong>\u00ab&nbsp;ensauvagement&nbsp;\u00bb<\/strong> de la soci\u00e9t\u00e9 via son ministre de l\u2019Int\u00e9rieur), augmentant les moyens policiers et promulguant des lois plus s\u00e9v\u00e8res (par ex, loi anti-casseurs 2019, partiellement censur\u00e9e). Il reste cependant attaqu\u00e9 sur sa gauche pour des d\u00e9rives autoritaires (usage de drones policiers, surveillance de masse) et sur sa droite pour un pr\u00e9tendu laxisme (baisse des expulsions de migrants ill\u00e9gaux au d\u00e9but du quinquennat, ou refus d\u2019une justice ultras\u00e9v\u00e9re). Ce dilemme illustre la polarisation extr\u00eame du d\u00e9bat public fran\u00e7ais&nbsp;: toute action de l\u2019ex\u00e9cutif est imm\u00e9diatement cliv\u00e9e et caricatur\u00e9e par ses opposants d\u2019un bord ou de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9finitive, l\u2019\u00e9poque Macron a vu monter une <strong>tr\u00e8s forte contestation antisyst\u00e8me<\/strong>. Celle-ci s\u2019est exprim\u00e9e dans la rue (Gilets jaunes, anti-pass, manifs retraites) et dans les urnes (record de votes RN\/LFI, abstention). Le narratif m\u00e9diatique autour de Macron a oscill\u00e9 entre le portrait d\u2019un r\u00e9formateur courageux modernisant le pays, et celui d\u2019un pr\u00e9sident arrogant gouvernant pour les riches et m\u00e9prisant la contestation populaire. <strong>Les donn\u00e9es objectives<\/strong> apportent un \u00e9clairage nuanc\u00e9&nbsp;: par exemple, on a vu que le pouvoir d\u2019achat moyen a augment\u00e9 malgr\u00e9 le ressenti inverse de nombreux Fran\u00e7ais, ou que la pression fiscale a atteint un sommet historique de 45,3% du PIB en 2022 malgr\u00e9 des baisses d\u2019imp\u00f4ts embl\u00e9matiques (signe que d\u2019autres taxes ont augment\u00e9 ou que le PIB a baiss\u00e9 en 2020). De m\u00eame, le ch\u00f4mage a baiss\u00e9 fortement, ce qui devrait b\u00e9n\u00e9ficier aux classes populaires, mais la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019emploi et le sentiment de d\u00e9classement restent \u00e9lev\u00e9s \u2013 la pauvret\u00e9 touche encore ~14% de la population (seuil \u00e0 60% du revenu m\u00e9dian) et les in\u00e9galit\u00e9s de patrimoine se sont accentu\u00e9es. Ainsi, il y a souvent un \u00e9cart entre le <strong>narratif m\u00e9diatique\/politique<\/strong> et la r\u00e9alit\u00e9 mesur\u00e9e. Macron a pu se targuer de certains indicateurs macro positifs, toutefois une majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais juge son bilan \u00e9conomique n\u00e9gativement (74% d\u2019opinions d\u00e9favorables fin 2025). Cela traduit un d\u00e9ficit d\u2019adh\u00e9sion et la persistance d\u2019une <strong>crise de confiance<\/strong> envers le pouvoir, au-del\u00e0 des chiffres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c9volution du r\u00f4le international de la France<\/h2>\n\n\n\n<p>Sur la sc\u00e8ne internationale, Emmanuel Macron s\u2019est efforc\u00e9 de donner \u00e0 la France un r\u00f4le de <strong>puissance d\u2019\u00e9quilibre et de leader europ\u00e9en<\/strong>, dans la continuit\u00e9 du gaullo-mitterrandisme mais avec son style personnel. Son arriv\u00e9e au pouvoir co\u00efncidait avec le retrait des \u00c9tats-Unis de l\u2019Accord de Paris, le Brexit en cours et la mont\u00e9e des nationalismes. Il a donc d\u2019embl\u00e9e affich\u00e9 une ambition europ\u00e9enne forte. D\u00e8s septembre 2017, son discours de la Sorbonne trace une vision d\u2019une <strong>Europe souveraine<\/strong>, int\u00e9gr\u00e9e sur les plans de la d\u00e9fense, de la fiscalit\u00e9, de la gestion des migrations. Plusieurs de ses propositions se concr\u00e9tiseront partiellement&nbsp;: par exemple, la cr\u00e9ation en 2019 d\u2019un <strong>budget commun de la zone euro<\/strong> (certes modeste), l\u2019initiative europ\u00e9enne d\u2019intervention (IEI) hors cadre OTAN pour des op\u00e9rations militaires conjointes, et surtout en 2020 la mise en place d\u2019un <strong>plan de relance europ\u00e9en<\/strong> financ\u00e9 par un emprunt commun de 750&nbsp;Mds\u20ac \u2013 d\u00e9cision historique prise avec Angela Merkel, largement inspir\u00e9e de l\u2019activisme franco-allemand de Macron en pleine crise Covid. Sur ce dossier, Macron a fait bouger la ligne allemande (traditionnellement oppos\u00e9e \u00e0 la mutualisation des dettes), montrant sa capacit\u00e9 \u00e0 entra\u00eener l\u2019Europe dans des moments critiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La relation <strong>Franco-allemande<\/strong> sous Macron a connu des hauts et des bas. Avec Angela Merkel (chanceli\u00e8re jusqu\u2019en 2021), Macron forme au d\u00e9but un tandem relativement efficace, actant par le <strong>Trait\u00e9 d\u2019Aix-la-Chapelle (2019)<\/strong> un renforcement symbolique du partenariat (coop\u00e9ration transfrontali\u00e8re, positions communes \u00e0 l\u2019UE). Toutefois, des divergences subsistent&nbsp;: l\u2019Allemagne tra\u00eene les pieds sur la d\u00e9fense europ\u00e9enne, la France rechigne sur certains aspects \u00e9conomiques. Apr\u00e8s le d\u00e9part de Merkel, les frictions se font plus vives avec le chancelier Olaf Scholz&nbsp;: d\u00e9saccords en 2022 sur la r\u00e9ponse \u00e0 la crise \u00e9nerg\u00e9tique (Berlin lan\u00e7ant un plan national sans concertation), sur les projets d\u2019armement (avion de combat du futur et char franco-allemand en retard), ou sur le nucl\u00e9aire (l\u2019Allemagne ayant torpill\u00e9 certaines ambitions fran\u00e7aises dans ce domaine selon Paris). Macron a parl\u00e9 \u00e0 un moment de la <strong>\u00ab&nbsp;d\u00e9rive&nbsp;\u00bb<\/strong> de l\u2019Allemagne tent\u00e9e par la solitude, tandis que la presse allemande a titr\u00e9 <em>\u00ab&nbsp;La France, c\u2019est l\u2019Allemagne en mieux&nbsp;\u00bb<\/em> (provocation relev\u00e9e par Bruno Le Maire). N\u00e9anmoins, les deux pays restent interd\u00e9pendants et conscients de leur responsabilit\u00e9 pour \u00e9viter la paralysie de l\u2019UE. En octobre 2023, un Conseil des ministres franco-allemand a permis de trouver un terrain d\u2019entente minimal sur les aides aux industries vertes et la r\u00e9forme du march\u00e9 de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. \u00c0 plus long terme, les divergences strat\u00e9giques persistent (mod\u00e8le \u00e9conomique orient\u00e9 export et rigueur budg\u00e9taire c\u00f4t\u00e9 allemand, versus demande int\u00e9rieure et d\u00e9pense publique c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais), mais Macron aura au moins \u0153uvr\u00e9 \u00e0 ce que ces d\u00e9bats se fassent au grand jour plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre tus (<em>\u00ab&nbsp;les diff\u00e9rences \u00e9clatent au grand jour, premier pas vers un consensus&nbsp;\u00bb<\/em>, notait un intervenant d\u2019un forum franco-allemand).<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019Europe, Macron a cherch\u00e9 \u00e0 maintenir la voix singuli\u00e8re de la France dans le concert mondial. Sur le plan militaire, il a poursuivi les op\u00e9rations ext\u00e9rieures contre le terrorisme islamiste, notamment au Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso). Cependant, la <strong>strat\u00e9gie fran\u00e7aise en Afrique de l\u2019Ouest a rencontr\u00e9 de s\u00e9rieux revers<\/strong>. Malgr\u00e9 quelques succ\u00e8s tactiques (\u00e9limination de chefs djihadistes), la situation s\u00e9curitaire au Sahel s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e, et des ressentiments anti-fran\u00e7ais ont \u00e9merg\u00e9 dans la population et chez certains dirigeants africains. En 2020-2022, une s\u00e9rie de coups d\u2019\u00c9tat militaires au Mali, puis au Burkina et en Guin\u00e9e, ont port\u00e9 au pouvoir des juntes hostiles \u00e0 la pr\u00e9sence fran\u00e7aise, pr\u00e9f\u00e9rant parfois l\u2019appui de mercenaires russes (groupe Wagner). En f\u00e9vrier 2022, Macron a d\u00fb annoncer le <strong>retrait total de l\u2019op\u00e9ration Barkhane au Mali<\/strong> apr\u00e8s 9 ans d\u2019engagement, les autorit\u00e9s maliennes l\u2019ayant de facto pouss\u00e9 dehors. Puis en 2023, c\u2019est du Niger que l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9e, suite \u00e0 un putsch anti-fran\u00e7ais en juillet. Ces \u00e9v\u00e9nements ont mis fin abruptement \u00e0 une \u00e8re d\u2019interventionnisme fran\u00e7ais en Afrique subsaharienne. Macron a depuis tent\u00e9 de <strong>red\u00e9finir la politique africaine<\/strong> de la France&nbsp;: fin de la doctrine des bases permanentes, passage \u00e0 des partenariats militaires plus discrets et sur demande, insistance sur le respect des souverainet\u00e9s africaines. Mais il doit composer avec une <strong>opinion africaine de plus en plus hostile<\/strong> (manifestations antifran\u00e7aises r\u00e9guli\u00e8res au Sahel, influence grandissante de la Russie via propagande). Le pr\u00e9sident a multipli\u00e9 les d\u00e9placements sur le continent pour sauver l\u2019influence fran\u00e7aise, promouvant un <em>\u00ab&nbsp;nouveau partenariat \u00e9quilibr\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>. Il reste que la France, ancienne puissance coloniale, voit son r\u00f4le reculer en Afrique au profit d\u2019autres acteurs (Russie, Chine, Turquie). C\u2019est un revers strat\u00e9gique marquant du mandat, m\u00eame s\u2019il d\u00e9passe la seule personne de Macron et s\u2019inscrit dans une tendance de fond de rejet du n\u00e9o-colonialisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan de la <strong>d\u00e9fense europ\u00e9enne et de l\u2019OTAN<\/strong>, Macron a \u00e9galement imprim\u00e9 sa marque. Il a suscit\u00e9 la controverse en 2019 en qualifiant l\u2019OTAN d\u2019<em>\u00ab&nbsp;en \u00e9tat de mort c\u00e9r\u00e9brale&nbsp;\u00bb<\/em> \u2013 une formule visant \u00e0 secouer les Europ\u00e9ens sur la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre leur s\u00e9curit\u00e9 en main, dans un contexte de d\u00e9sengagement am\u00e9ricain sous Trump. Cette d\u00e9claration a irrit\u00e9 certains alli\u00e9s (pays d\u2019Europe de l\u2019Est notamment). Ironie de l\u2019histoire, l\u2019invasion de l\u2019Ukraine en 2022 a raviv\u00e9 spectaculairement l\u2019Alliance atlantique, avec un r\u00f4le-cl\u00e9 des \u00c9tats-Unis dans la d\u00e9fense de l\u2019Europe, confirmant que l\u2019OTAN restait indispensable. Macron a alors pleinement soutenu l\u2019OTAN renforc\u00e9e (accueillant positivement l\u2019entr\u00e9e de la Finlande et de la Su\u00e8de en 2023) tout en continuant de plaider pour une <strong>\u00ab&nbsp;Europe de la d\u00e9fense&nbsp;\u00bb<\/strong> compl\u00e9mentaire. La France a d\u00e9ploy\u00e9 des troupes en Estonie, Roumanie et Lituanie pour rassurer les alli\u00e9s frontaliers de la Russie. Elle reste le seul pays de l\u2019UE dot\u00e9 de l\u2019arme nucl\u00e9aire et d\u2019un si\u00e8ge permanent au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU, ce qui conf\u00e8re \u00e0 Macron une stature particuli\u00e8re&nbsp;: il en a us\u00e9 pour proposer, par exemple, une initiative de n\u00e9gociation sur la guerre Ukraine-Russie (sans succ\u00e8s concret, mais la France a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des rares canaux de discussion avec Moscou au d\u00e9but du conflit). Globalement, <strong>l\u2019influence diplomatique de la France<\/strong> sous Macron s\u2019est maintenue dans le top tier mondial&nbsp;: r\u00f4le moteur sur le climat (sommet One Planet, pression pour une taxe carbone aux fronti\u00e8res de l\u2019UE adopt\u00e9e en 2022), sur la r\u00e9gulation du num\u00e9rique (Paris appelle \u00e0 un cadre international, comme le <em>Paris Call<\/em> pour la cybers\u00e9curit\u00e9), sur les crises r\u00e9gionales (Liban, Iran, Nagorny Karabakh o\u00f9 Macron a soutenu l\u2019Arm\u00e9nie verbalement). Mais les r\u00e9sultats sont mitig\u00e9s&nbsp;: la realpolitik s\u2019impose souvent face aux bonnes intentions fran\u00e7aises. Par exemple, malgr\u00e9 l\u2019activisme fran\u00e7ais, aucun r\u00e8glement de la guerre civile libyenne ou syrienne n\u2019a \u00e9merg\u00e9&nbsp;; face \u00e0 la mont\u00e9e de la Chine, la France peine \u00e0 d\u00e9finir une position claire entre alli\u00e9 des \u00c9tats-Unis et d\u00e9fenseur d\u2019une autonomie europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons toutefois un succ\u00e8s europ\u00e9en notable en 2022&nbsp;: Macron a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des initiateurs de la <strong>Communaut\u00e9 politique europ\u00e9enne (CPE)<\/strong>, un forum rassemblant 44 pays du continent (UE \u00e9largie aux voisins tels que Royaume-Uni, Ukraine, Balkans, Turquie, etc.) pour dialoguer de s\u00e9curit\u00e9, \u00e9nergie, interconnexions, hors du cadre formel de l\u2019UE. Les deux premiers sommets de la CPE (Prague 2022, Chi\u0219in\u0103u 2023) ont montr\u00e9 un format utile pour associer tout le continent aux grands enjeux, dans l\u2019esprit macronien de <em>\u00ab&nbsp;concentric circles&nbsp;\u00bb<\/em>. Cela pourrait \u00e0 terme consolider le r\u00f4le de la France comme pont entre l\u2019UE et ses voisins, et offrir une structure aux pays candidats en attendant l\u2019adh\u00e9sion \u00e9ventuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, sur la d\u00e9cennie Macron, <strong>la France a cherch\u00e9 \u00e0 renforcer son leadership europ\u00e9en et sa voix propre dans le monde<\/strong>, avec des r\u00e9sultats contrast\u00e9s. L\u2019image d\u2019une France diplomatiquement active et militairement pr\u00e9sente est intacte&nbsp;: Macron est souvent en premi\u00e8re ligne (il a parcouru le globe intens\u00e9ment, de la Chine \u00e0 l\u2019Afrique, du Moyen-Orient \u00e0 l\u2019Oc\u00e9anie). N\u00e9anmoins, son concept d\u2019\u00ab&nbsp;autonomie strat\u00e9gique europ\u00e9enne&nbsp;\u00bb reste une ambition inachev\u00e9e, et certains partenaires le per\u00e7oivent comme donneur de le\u00e7ons. Sur le plan militaire, la France a d\u00fb ajuster sa posture apr\u00e8s les \u00e9checs au Sahel, et r\u00e9aliser que sa capacit\u00e9 d\u2019influence a des limites face aux grandes puissances (\u00c9tats-Unis, Chine, Russie). Il n\u2019en reste pas moins que la France demeure, en 2027, <strong>la 3^e \u00e9conomie d\u2019Europe<\/strong>, la 1^e en termes de d\u00e9mographie (elle sera bient\u00f4t le pays le plus peupl\u00e9 d\u2019Europe occidentale) et l\u2019un des deux seuls \u00c9tats de l\u2019UE poss\u00e9dant l\u2019arme nucl\u00e9aire et un si\u00e8ge \u00e0 l\u2019ONU. Ces atouts institutionnels et g\u00e9opolitiques lui conf\u00e8rent, sous Macron comme pour ses successeurs, un r\u00f4le pivot que ce dernier a tent\u00e9 d\u2019exploiter pour orienter les politiques europ\u00e9ennes (climat, relance, d\u00e9fense) dans un sens conforme aux int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">O\u00f9 va la France&nbsp;? Perspectives \u00e0 l\u2019horizon 2027<\/h2>\n\n\n\n<p>Alors que le second mandat d\u2019Emmanuel Macron s\u2019ach\u00e8vera en 2027, une question fondamentale se pose&nbsp;: <strong>o\u00f9 va la France&nbsp;?<\/strong> Autrement dit, quelle trajectoire \u00e9conomique et sociale suit-elle, et quelle strat\u00e9gie pour le futur&nbsp;? Le bilan des deux quinquennats montre un pays \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, certaines <strong>r\u00e9formes structurelles ont port\u00e9 leurs fruits<\/strong> (un march\u00e9 du travail plus dynamique, des investissements industriels qui repartent timidement, une transition \u00e9nerg\u00e9tique relanc\u00e9e avec le nucl\u00e9aire et les renouvelables, etc.). De l\u2019autre, des <strong>fragilit\u00e9s persistent ou s\u2019aggravent<\/strong> (dette \u00e9lev\u00e9e, d\u00e9ficit commercial chronique, in\u00e9galit\u00e9s de perception entre une France qui va mieux macro\u00e9conomiquement et des Fran\u00e7ais qui ne le ressentent pas, col\u00e8re sociale latente).<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan \u00e9conomique, <strong>la priorit\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 venir est sans doute le redressement des finances publiques<\/strong>. La Cour des comptes, dans son audit de 2022, a pr\u00e9conis\u00e9 une strat\u00e9gie \u00e0 deux piliers&nbsp;: soutenir une croissance durable par l\u2019investissement et la transition \u00e9cologique, <strong>et ma\u00eetriser strictement la d\u00e9pense publique pour r\u00e9duire la dette sur la dur\u00e9e<\/strong>. La France doit en effet retrouver des marges de man\u0153uvre budg\u00e9taires, sous peine de voir sa dette devenir insoutenable lorsque les taux augmenteront encore. Des choix difficiles s\u2019annoncent&nbsp;: il faudra soit augmenter des recettes (certaines voix sugg\u00e8rent de revenir partiellement sur les baisses d\u2019imp\u00f4ts accord\u00e9es aux plus ais\u00e9s, comme l\u2019ISF ou la flat tax, mais Macron s\u2019y est refus\u00e9 jusqu\u2019ici), soit r\u00e9duire des d\u00e9penses. La d\u00e9pense publique fran\u00e7aise, record d\u2019Europe \u00e0 ~57% du PIB en 2022, offre certes des gisements d\u2019\u00e9conomies (efficacit\u00e9 de l\u2019action publique, r\u00e9formes de structures par exemple dans la fonction publique territoriale, rationalisation des aides aux entreprises \u00e9valu\u00e9es \u00e0 80&nbsp;Mds\u20ac\/an, etc.), mais chaque coupe budg\u00e9taire se heurte \u00e0 des oppositions sectorielles. Macron a lanc\u00e9 en 2023 un nouveau plan d\u2019\u00e9conomies (objectif 12&nbsp;Mds\u20ac d\u2019ici 2027) et souhaite conditionner certaines d\u00e9penses sociales (RSA sous condition d\u2019activit\u00e9), mais l\u2019ampleur reste modeste au regard du d\u00e9fi. L\u2019engagement pris est de repasser sous 3% de d\u00e9ficit d\u2019ici 2027, ce qui suppose une trajectoire de d\u00e9sendettement assez nette \u00e0 partir de 2024. Le respect de cette cible sera scrut\u00e9 par les partenaires europ\u00e9ens (alors que le Pacte de stabilit\u00e9 va redevenir contraignant). Faute de majorit\u00e9 absolue, le gouvernement devra sans doute utiliser encore 49.3 pour les budgets, sauf \u00e0 b\u00e2tir un compromis avec la droite parlementaire sur la r\u00e9duction des d\u00e9ficits. Ce chantier financier conditionne la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la France en Europe et sur les march\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En mati\u00e8re de <strong>comp\u00e9titivit\u00e9 et d\u2019industrie<\/strong>, la France semble avoir amorc\u00e9 un fr\u00e9missement positif qu\u2019il convient de consolider. De nombreuses usines ont \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9es ou inaugur\u00e9es depuis 2022&nbsp;: usines de batteries \u00e9lectriques dans le Nord, extension de sites Airbus, relocalisations dans la sant\u00e9 (parac\u00e9tamol) ou l\u2019\u00e9lectronique. Le gouvernement multiplie les \u201cChoose France\u201d summits pour attirer les investissements \u00e9trangers \u2013 et \u00e7a fonctionne, la France \u00e9tant depuis 2019 en t\u00eate en Europe pour le nombre de projets d\u2019investissements \u00e9trangers. Mais le chemin est long pour combler le retard face \u00e0 l\u2019Allemagne. Il faudra poursuivre la politique de baisse des imp\u00f4ts de production et de simplification administrative pour les entreprises, tout en veillant \u00e0 la formation de la main d\u2019\u0153uvre. Un point critique qui pourrait freiner la r\u00e9industrialisation est la <strong>p\u00e9nurie de comp\u00e9tences<\/strong> dans les m\u00e9tiers techniques et industriels&nbsp;: aujourd\u2019hui d\u00e9j\u00e0, beaucoup d\u2019usines peinent \u00e0 recruter des soudeurs, \u00e9lectrotechniciens, ing\u00e9nieurs\u2026. Des efforts dans l\u2019enseignement professionnel et l\u2019apprentissage seront d\u00e9terminants. Sur ce front, Macron a d\u00e9j\u00e0 renforc\u00e9 l\u2019apprentissage (record de 800&nbsp;000 apprentis en 2022) et lanc\u00e9 une r\u00e9forme du lyc\u00e9e professionnel en 2023 pour mieux ins\u00e9rer les jeunes. Il faut esp\u00e9rer que ces actions portent leurs fruits d\u2019ici quelques ann\u00e9es, sous peine que le rebond industriel soit limit\u00e9 par le <strong>bottleneck<\/strong> du capital humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>pouvoir d\u2019achat<\/strong> restera un sujet central jusqu\u2019en 2027 et au-del\u00e0. L\u2019inflation, bien qu\u2019en repli fin 2023 (~4%), a entam\u00e9 la confiance des m\u00e9nages. Macron a annonc\u00e9 vouloir <strong>conditionner certaines aides<\/strong> (par ex, le RSA) mais aussi mieux r\u00e9compenser le travail&nbsp;: revalorisation des bas salaires, peut-\u00eatre via un nouveau coup de pouce au SMIC ou via la n\u00e9gociation de branche (il a exhort\u00e9 certaines branches \u00e0 d\u00e9passer le SMIC pour leurs minima). La probl\u00e9matique du logement (loyers en hausse, acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 plus dur avec la remont\u00e9e des taux) est \u00e9galement critique pour le bien-\u00eatre des Fran\u00e7ais et pourrait devenir la prochaine <em>bombe sociale<\/em>. Le gouvernement a d\u00e9voil\u00e9 en 2023 un plan logement modeste, mais plus d\u2019efforts seront requis pour stimuler la construction et encadrer les co\u00fbts, afin que le <strong>\u00ab&nbsp;commun des Fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb<\/strong> ne voie pas son niveau de vie se d\u00e9grader.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les <strong>droits et libert\u00e9s<\/strong>, Macron devra naviguer prudemment. Il a exprim\u00e9 r\u00e9cemment des regrets sur la fa\u00e7on dont certains propos ou m\u00e9thodes ont pu blesser (il a par exemple admis qu\u2019il avait parfois <em>\u00ab&nbsp;donn\u00e9 l\u2019impression de ne pas \u00e9couter&nbsp;\u00bb<\/em>). Une des le\u00e7ons de ces ann\u00e9es est que la d\u00e9mocratie fran\u00e7aise a besoin d\u2019\u00eatre revivifi\u00e9e. Macron a lanc\u00e9 la Convention citoyenne (sur le climat en 2020, sur la fin de vie en 2023) pour associer des citoyens tir\u00e9s au sort \u00e0 la d\u00e9cision&nbsp;: ces exp\u00e9riences de d\u00e9mocratie participative, int\u00e9ressantes, n\u2019ont toutefois qu\u2019un impact consultatif. Il r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 institutionnaliser davantage ce type d\u2019instances. Par ailleurs, le Pr\u00e9sident a \u00e9voqu\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019innover institutionnellement (par ex, une dose de proportionnelle aux l\u00e9gislatives pour mieux repr\u00e9senter la pluralit\u00e9 politique, r\u00e9forme maintes fois promise mais jamais r\u00e9alis\u00e9e). Cependant, sa capacit\u00e9 \u00e0 faire passer une r\u00e9forme institutionnelle est limit\u00e9e sans 3\/5 du Parlement ou r\u00e9f\u00e9rendum. En tout cas, pour \u00ab&nbsp;r\u00e9concilier&nbsp;\u00bb les Fran\u00e7ais avec la politique, des gestes d\u2019ouverture pourraient avoir lieu dans la fin du quinquennat&nbsp;: Macron pourrait remanier son gouvernement en int\u00e9grant des profils d\u2019opposition mod\u00e9r\u00e9e, ou lancer de grandes concertations nationales sur des sujets comme l\u2019\u00e9cole, la sant\u00e9 (deux domaines en crise latente o\u00f9 des plans sont en cours).<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l\u2019<strong>immigration et la s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/strong>, la ligne future est attendue au tournant. Macron lui-m\u00eame a reconnu que la politique migratoire actuelle n\u2019est <em>\u00ab&nbsp;ni efficace ni humaine&nbsp;\u00bb<\/em>. Il a fait de la promulgation d\u2019une nouvelle loi immigration un objectif pour 2024&nbsp;: celle-ci faciliterait l\u2019expulsion des \u00e9trangers d\u00e9linquants, acc\u00e9l\u00e9rerait le traitement des demandes d\u2019asile (objectif&nbsp;: d\u00e9cider en 6 mois) et cr\u00e9erait un titre de s\u00e9jour pour les travailleurs dans les m\u00e9tiers en tension (b\u00e2timent, restauration\u2026). Le contexte politique rend le vote de cette loi incertain&nbsp;: la droite veut durcir le texte (comme lier titre de s\u00e9jour et niveau de fran\u00e7ais, ou supprimer l\u2019aide m\u00e9dicale d\u2019\u00c9tat pour les sans-papiers), la gauche le combat dans son principe. S\u2019il \u00e9choue \u00e0 faire adopter cette r\u00e9forme, Macron pourrait tenter de passer certains aspects par d\u00e9cret, mais la port\u00e9e serait moindre. Quoi qu\u2019il en soit, le <strong>d\u00e9bat migratoire<\/strong> sera tr\u00e8s pr\u00e9sent jusqu\u2019en 2027, attis\u00e9 par l\u2019extr\u00eame droite qui en a fait son th\u00e8me de pr\u00e9dilection. La France devra jongler entre ses valeurs humanistes (droit d\u2019asile, accueil des r\u00e9fugi\u00e9s ukrainiens) et la n\u00e9cessit\u00e9 de g\u00e9rer les flux (contexte de pression migratoire continue en M\u00e9diterran\u00e9e et aux fronti\u00e8res de l\u2019UE). De plus, la question de l\u2019int\u00e9gration des populations d\u2019origine immigr\u00e9e dans la R\u00e9publique restera cruciale pour la coh\u00e9sion nationale \u2013 un \u00e9chec sur ce front peut conduire \u00e0 de nouveaux embrasements, comme on l\u2019a vu en 2005 et 2023.<\/p>\n\n\n\n<p>En politique \u00e9trang\u00e8re, la <strong>strat\u00e9gie future de la France<\/strong> devrait prolonger les axes trac\u00e9s par Macron&nbsp;: autonomie strat\u00e9gique europ\u00e9enne (d\u00e9fense, technologies), alliances pragmatiques (continuer \u00e0 parler \u00e0 tout le monde, y compris \u00e0 la Chine ou aux puissances du Sud global), tout en r\u00e9investissant des champs laiss\u00e9s vacants (Afrique francophone o\u00f9 il faudra reconstruire des partenariats sur de nouvelles bases). Avec la guerre en Ukraine qui s\u2019installe, la France s\u2019emploiera \u00e0 maintenir l\u2019unit\u00e9 occidentale tout en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 l\u2019architecture de s\u00e9curit\u00e9 post-conflit \u2013 Macron a d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9 l\u2019id\u00e9e de garanties \u00e0 offrir \u00e0 l\u2019Ukraine et de la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas humilier la Russie, ce qui lui a valu critiques et incompr\u00e9hensions \u00e0 l\u2019Est de l\u2019Europe. Le challenge sera de peser suffisamment dans les d\u00e9cisions, face \u00e0 une Allemagne affaiblie \u00e9conomiquement mais toujours pr\u00e9pond\u00e9rante dans l\u2019UE et face \u00e0 des \u00c9tats-Unis redevenus centraux en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, impossible de parler d\u2019avenir sans \u00e9voquer l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de <strong>2027<\/strong>. Macron ne pourra constitutionnellement pas briguer un troisi\u00e8me mandat cons\u00e9cutif. La fin de son mandat sera donc en partie consacr\u00e9e \u00e0 pr\u00e9parer sa sortie et la transition. Il aura \u00e0 c\u0153ur de <strong>consolider son h\u00e9ritage<\/strong>&nbsp;: s\u2019assurer que les r\u00e9formes phares (retraites, ch\u00f4mage, \u00e9ducation\u2026) ne soient pas d\u00e9tricot\u00e9es, et peut-\u00eatre d\u00e9signer implicitement un successeur dans son camp capable de battre les extr\u00eames. L\u2019actuel paysage politique fait craindre une possible victoire de Marine Le Pen en 2027 \u2013 hypoth\u00e8se que Macron a dit vouloir emp\u00eacher \u00e0 tout prix, voyant son propre r\u00f4le comme un rempart. Pour ce faire, il devra sans doute amplifier les efforts sur ce \u00ab&nbsp;quotidien&nbsp;\u00bb qui touche les Fran\u00e7ais&nbsp;: la s\u00e9curit\u00e9 (avec des r\u00e9sultats probants \u00e0 montrer sur la baisse de la d\u00e9linquance, la lutte contre les trafics, etc.), la justice sociale (\u00e9viter de nouvelles mesures per\u00e7ues comme favorisant les \u00e9lites, et au contraire mettre l\u2019accent sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances, l\u2019acc\u00e8s aux services publics notamment dans les territoires ruraux ou les banlieues). Dans cette optique, certains observateurs estiment que Macron pourrait, sur la fin du mandat, corriger son image <em>\u00ab&nbsp;technocratique&nbsp;\u00bb<\/em> par plus de proximit\u00e9 et d\u2019\u00e9coute, afin de r\u00e9duire la polarisation.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, la d\u00e9cennie Macron (2017-2027) appara\u00eet comme un <strong>cycle politique continu<\/strong>, coh\u00e9rent dans ses objectifs (relancer la France via des r\u00e9formes pro-comp\u00e9titivit\u00e9, tout en pr\u00e9servant le mod\u00e8le social) mais heurt\u00e9 par des crises majeures et des r\u00e9sistances internes fortes. Le pays en sort avec des <strong>indicateurs socio-\u00e9conomiques en demi-teinte<\/strong>&nbsp;: davantage d\u2019emplois mais aussi plus de dettes, une croissance faible mais une transition \u00e9cologique enclench\u00e9e, un niveau de vie moyen en hausse mais un m\u00e9contentement populaire persistant. Le <strong>narratif m\u00e9diatique<\/strong> qui oppose le <em>\u00ab&nbsp;nouveau monde&nbsp;\u00bb<\/em> macronien aux <em>\u00ab&nbsp;Gaulois r\u00e9fractaires&nbsp;\u00bb<\/em> est sans doute trop simpliste. En r\u00e9alit\u00e9, la France a montr\u00e9 \u00e0 la fois une capacit\u00e9 d\u2019adaptation (par exemple l\u2019\u00e9conomie a bien absorb\u00e9 les r\u00e9formes du march\u00e9 du travail, et les Fran\u00e7ais ont su faire preuve de civisme pendant la pand\u00e9mie) et une attache profonde \u00e0 certains acquis sociaux, ce qui a frein\u00e9 ou modul\u00e9 les transformations.<\/p>\n\n\n\n<p>La direction strat\u00e9gique future d\u00e9pendra pour beaucoup de la capacit\u00e9 \u00e0 <strong>rassembler<\/strong> autour de choix \u00e9clair\u00e9s par les donn\u00e9es et l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, plut\u00f4t que de se laisser entra\u00eener par les extr\u00eames et les passions. Des comparaisons avec nos voisins montrent que des compromis sont possibles&nbsp;: l\u2019Allemagne a su r\u00e9former son march\u00e9 du travail dans les ann\u00e9es 2000, l\u2019Italie a r\u00e9ussi \u00e0 relever son \u00e2ge de la retraite \u00e0 67 ans, l\u2019Espagne a redynamis\u00e9 son \u00e9conomie apr\u00e8s la crise financi\u00e8re. La France peut s\u2019inspirer de ces exemples tout en suivant sa propre voie, en valorisant ses atouts (d\u00e9mographie, innovation technologique, \u00e9nergie bas-carbone) et en corrigeant ses faiblesses (comp\u00e9tences, bureaucratie, int\u00e9gration sociale). \u00c0 l\u2019horizon 2027, et avec une projection sur la d\u00e9cennie qui suit, l\u2019enjeu sera de retrouver un <strong>sentiment d\u2019unit\u00e9 nationale dans le progr\u00e8s<\/strong>, condition sine&nbsp;qua&nbsp;non pour \u00e9viter que la polarisation actuelle ne m\u00e8ne \u00e0 l\u2019impasse politique ou \u00e0 l\u2019alternance vers un projet illib\u00e9ral. Emmanuel Macron aura, pendant ses deux mandats, tent\u00e9 d\u2019orienter la France vers un mod\u00e8le \u00e0 la nordique (flexis\u00e9curit\u00e9, \u00e9cologie, mod\u00e9ration budg\u00e9taire) tout en g\u00e9rant les chocs impr\u00e9vus. La r\u00e9ussite de ce cycle politique se mesurera \u00e0 l\u2019aune de la <strong>r\u00e9silience<\/strong> du pays face aux d\u00e9fis de demain&nbsp;: vieillissemement, r\u00e9volution num\u00e9rique\/IA, urgence climatique, recomposition g\u00e9opolitique. Sur plusieurs de ces points, la France de 2027 est mieux outill\u00e9e qu\u2019en 2017, mais elle reste en qu\u00eate d\u2019un nouveau souffle pour aborder l\u2019avenir avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et confiance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sources :<\/strong> Donn\u00e9es INSEE, Eurostat, Cour des comptes, Banque de France et sources publiques tierces cit\u00e9es tout au long du texte, notamment pour les indicateurs macro\u00e9conomiques, et pour les mesures de r\u00e9formes et leurs effets. Les comparaisons internationales s\u2019appuient sur des statistiques Eurostat (d\u00e9ficits, dette&nbsp;: France 111,6% du PIB de dette fin 2022 vs moyenne UE ~90%; ch\u00f4mage France ~7% vs Allemagne ~3% et Espagne ~12% en 2022). Les \u00e9l\u00e9ments d\u2019analyse institutionnelle (49.3, majorit\u00e9 relative) sont document\u00e9s par Le Parisien. Enfin, le r\u00e9cit des crises et tensions sociales est \u00e9tay\u00e9 par des rapports officiels et articles de presse (JDD, Public S\u00e9nat\u2026), afin d\u2019opposer au <strong>narratif m\u00e9diatique<\/strong> une approche factuelle et comparative conforme aux exigences de <strong>System Skeptic Speaks<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00e9lection d&#8217;Emmanuel Macron en 2017 a marqu\u00e9 un tournant majeur dans la politique fran\u00e7aise, promettant un renouvellement et des r\u00e9formes audacieuses. Au cours de ses deux mandats, le pr\u00e9sident a navigu\u00e9 \u00e0 travers une s\u00e9rie de d\u00e9fis, allant des r\u00e9formes \u00e9conomiques aux crises sociales, en passant par la pand\u00e9mie de COVID-19. Dans cet article, nous nous proposons d&#8217;examiner en profondeur les actions entreprises par Emmanuel Macron durant cette p\u00e9riode, d&#8217;analyser l&#8217;impact de ses d\u00e9cisions sur la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, et d&#8217;explorer les perspectives d&#8217;avenir pour le pays \u00e0 l&#8217;aube de 2027.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contexte 2017 En mai 2017, Emmanuel Macron est \u00e9lu pr\u00e9sident dans un contexte politique in\u00e9dit. 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