Le 23 septembre 2026, le Conseil de sécurité a de nouveau débattu de la guerre en Ukraine, tandis que les frappes se poursuivaient et que Moscou conservait son droit de veto. La séance résume le paradoxe de l’ONU : l’organe chargé du maintien de la paix peut débattre, négocier et rendre les positions visibles, mais il peine à imposer une décision contre la volonté d’un de ses membres permanents.
Un débat diplomatique pendant que la guerre continue
À New York, les dirigeants parlent de paix tandis que drones et missiles continuent de frapper. Le contraste n’est pas seulement symbolique : il révèle la difficulté de transformer une condamnation diplomatique en contrainte réelle.
Le 23 septembre, le Conseil de sécurité a tenu une réunion de haut niveau consacrée au maintien de la paix et de la sécurité en Ukraine, pendant la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale. L’ONU a présenté la séance comme une nouvelle recherche de voie vers la paix, tout en soulignant l’obstacle du veto russe. Voir le compte rendu de l’ONU et les remarques de Rosemary DiCarlo.
Dans le même temps, l’Associated Press rapportait de nouvelles frappes russes et ukrainiennes. L’armée de l’air ukrainienne disait que l’attaque russe de la nuit avait inclus plus de 200 drones ; le ministère russe de la Défense affirmait avoir abattu 297 drones ukrainiens. Ce sont des déclarations des parties en guerre, rapportées par AP, pas une vérification indépendante de chaque interception. La dépêche de l’AP du 22 septembre illustre l’écart entre les échanges diplomatiques et l’intensification militaire.
Ce que le veto permet — et ce qu’il empêche
Le Conseil compte quinze membres. Pour les décisions de fond, l’article 27 de la Charte exige neuf voix favorables et l’absence de vote négatif d’un membre permanent. Les cinq permanents sont la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Une abstention ne vaut pas veto ; un vote négatif d’un permanent peut bloquer l’adoption. C’est le mécanisme décrit dans la Charte des Nations unies et l’explication officielle du système de vote.
Dans le dossier ukrainien, la Russie est à la fois un acteur directement impliqué et un membre permanent. Cela ne rend pas chaque réunion inutile ni chaque décision impossible : le Conseil peut débattre, négocier des textes et agir sur des sujets pour lesquels aucun permanent n’oppose son veto. Mais une mesure coercitive de fond contre Moscou devient très difficile si celle-ci la considère contraire à ses intérêts essentiels.
La réunion du 23 septembre était un briefing politique, pas une résolution adoptée ni un cessez-le-feu. Cette distinction est importante : un débat au Conseil ne prouve pas qu’une nouvelle mesure ait été décidée. Security Council Report indiquait que la séance avait été demandée par cinq membres européens du Conseil.
Le Conseil comme arène de signalement
Dans une lecture de théorie des jeux, le Conseil est aussi une scène où les acteurs rendent visibles leurs lignes rouges, leurs coalitions et leurs coûts politiques. La réunion garde donc une valeur diplomatique même sans produire de contrainte immédiate.
Pour Kyiv et ses soutiens, intervenir au Conseil permet de maintenir la guerre à l’agenda et de solliciter une pression plus large. Pour Moscou, le veto préserve une marge de manœuvre et empêche qu’une institution dont elle est membre adopte une décision qu’elle rejette. Les autres États peuvent préférer une discussion publique à l’absence de forum, tout en sachant que le résultat concret sera limité.
Cet équilibre peut se bloquer : chaque camp anticipe les instruments de l’autre — veto, sanctions, aide militaire ou frappes — et adapte sa position. Le débat réduit parfois l’incertitude sur les positions, mais ne change pas nécessairement le calcul militaire si les parties jugent que poursuivre la guerre leur apporte plus qu’un compromis. Cette grille est une interprétation, non une preuve des intentions privées des dirigeants.
Pourquoi la réforme reste difficile
La composition permanente du Conseil reflète l’équilibre de 1945, alors que la répartition actuelle du poids démographique, économique et politique est différente. Pourtant, réformer la Charte est juridiquement exigeant : l’article 108 prévoit qu’un amendement doit être adopté par les deux tiers de l’Assemblée générale, ratifié par les deux tiers des membres de l’ONU et ratifié par chacun des cinq permanents. L’article 108 donne donc à chaque permanent un rôle décisif dans une réforme formelle.
L’Assemblée générale offre une autre tribune. Depuis la résolution A/RES/76/262, un veto au Conseil déclenche un débat à l’Assemblée dans le délai prévu, sauf session d’urgence déjà réunie. Ce mécanisme accroît la transparence et le coût diplomatique d’un veto ; il ne transfère pas à l’Assemblée les pouvoirs du Conseil pour imposer des mesures coercitives.
Les États peuvent également agir en dehors du Conseil. Le 15 septembre, l’Union européenne a modifié son régime de mesures restrictives liées aux actions de la Russie contre l’intégrité territoriale de l’Ukraine. La décision publiée sur EUR-Lex montre que des coalitions régionales peuvent agir selon leurs propres bases juridiques. Les sanctions ne remplacent cependant ni une décision universelle du Conseil ni une négociation de paix.
Contre-argument — Le veto a aussi été conçu pour garder les grandes puissances dans le système
Réduire le veto à une anomalie qu’il suffirait de supprimer néglige son origine politique. Après la Seconde Guerre mondiale, les fondateurs ont organisé l’ONU autour de la coopération des principales puissances. Le privilège des permanents visait notamment à éviter qu’une grande puissance soit contrainte par une organisation qu’elle rejetterait. Cette architecture protège leur participation, mais sacrifie une part d’égalité entre États et peut paralyser le Conseil lorsque leurs intérêts s’opposent.
Le dilemme n’est donc pas seulement « veto ou efficacité ». Il est aussi : comment maintenir une enceinte où les grandes puissances se parlent sans leur laisser bloquer toute action collective dans les crises qui les impliquent ? L’élargissement du Conseil, la limitation volontaire du veto, l’obligation de justification et le recours accru à l’Assemblée générale n’ont ni les mêmes effets juridiques ni les mêmes chances politiques. Aucun ne garantit à lui seul qu’un cessez-le-feu soit accepté par les belligérants.
Conclusion — L’ONU peut rendre le blocage visible, pas imposer seule la paix
La réunion du 23 septembre rappelle une limite structurelle : lorsqu’un membre permanent est directement impliqué, le Conseil peut devenir une arène de confrontation diplomatique plutôt qu’un centre d’action contraignante. Il peut documenter les positions, maintenir un canal de dialogue et contribuer à la pression internationale. Il ne peut pas, à lui seul, obliger une grande puissance à accepter un accord si celle-ci oppose son veto et si les autres États n’agissent pas ensemble.
La question utile n’est donc pas de savoir si le Conseil est « mort », mais ce que les États sont prêts à faire lorsqu’il est bloqué : soutenir des négociations, coordonner des sanctions, renforcer l’aide humanitaire, réduire les risques d’escalade ou avancer une réforme crédible. Tant que ces choix divergent, la tribune onusienne rend le désaccord public ; elle ne le résout pas.
Limites et méthode
Analyse arrêtée au 24 septembre 2026. Les bilans militaires et les nombres de drones sont attribués aux autorités concernées et rapportés par AP ; ils ne sont pas présentés comme vérifiés indépendamment. L’analyse du veto et des incitations stratégiques constitue une interprétation distincte des faits documentés. La situation évolue rapidement.
Mis à jour : 24 septembre 2026
Auteur : System Skeptic Speaks
Note de méthode : comparaison de la Charte, de documents officiels de l’ONU et de l’Union européenne, du programme de la réunion et de reportages récents ; distinction entre faits, déclarations des parties et analyse.
Sources vérifiables
- Charte des Nations unies, articles 27 et 108
- Système de vote du Conseil de sécurité — ONU
- Débat du Conseil de sécurité sur l’Ukraine, 23 septembre 2026 — ONU
- Remarques de Rosemary DiCarlo, 23 septembre 2026 — ONU
- Briefing sur l’Ukraine — Security Council Report, 23 septembre 2026
- Frappes et rencontre Trump-Zelenskyy — Associated Press, 22 septembre 2026
- Résolution A/RES/76/262 — ONU
- Décision (PESC) 2026/2103 — EUR-Lex, 15 septembre 2026






